Amazonie

Raoni: «C’est mon dernier voyage»

Fer de lance de la défense des peuples autochtones, le chef indien Raoni passe la main. A 82 ans, il présente son dauphin, Megaron, qui devra poursuivre le combat contre la déforestation de l’Amazonie et pour les droits du peuple kayapo. «Le Temps» l’a rencontré, quelques heures avant sa venue au Palais des Nations, cet après-midi. Entretien

Le chef Raoni est de passage en Europe jusqu’au 15 décembre pour son ultime appel. Il présente son neveu et successeur Megaron, de vingt ans son cadet, et demande le soutien de la campagne «Urgence Amazonie», organisée par l’association Planète Amazone avec le soutien d’Amazon Watch et de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme.

Le 29 novembre dernier, le chef indien a rencontré François Hollande avant d’être l’«invité exceptionnel» du Journal de 20 heures sur TF1. De passage à Genève, il s’exprimera cet après-midi lors d’une conférence de presse aux Nations unies.

Aidé par le chanteur Sting, Raoni avait lancé un premier appel contre la déforestation en 1989. Dans les années qui suivent, il rencontre François Mitterrand, Jacques Chirac, le roi Juan Carlos, le prince Charles, Jean-Paul II. C’est de Mitterrand que Raoni garde le meilleur souvenir. «Quand je l’ai vu, j’ai posé mes mains sur sa tête et je lui ai demandé: Mais où sont tes cheveux? Chez les Kayapos, personne n’est chauve», raconte-t-il. Le plateau de balsa qu’il porte à la lèvre inférieure depuis ses 15 ans est un signe de courage dans son peuple, mais il tombe en désuétude dans ses villages où sont entrés téléphones mobiles et réseaux sociaux (Raoni dispose d’une page Facebook et d’un compte Twitter, animés par Planète Amazone). Entretien (Raoni s’exprime en kayapo, et Megaron en portugais).

Le Temps: Chef Raoni, est-ce vraiment votre dernier voyage?

Raoni: Oui, je suis fatigué. J’ai déjà ma maison au ciel. Mon successeur, Megaron, continuera le combat.

– Comment l’avez-vous choisi?

– Megaron m’accompagne dans tous mes combats. Je le forme depuis 40 ans pour qu’il soit capable de me succéder. C’est lui qui devra maintenant lutter pour défendre nos droits et combattre la déforestation qui avance à grands pas.

– Le rapide développement économique du Brésil aggrave-t-il les choses?

– Oui, la forêt a reculé de manière accélérée. Lorsque nous avons commencé la démarcation de notre territoire 25 ans plus tôt, il fallait tracer une frontière jusque-là invisible à travers la forêt amazonienne. A présent, la déforestation nous entoure. Le territoire des Kayapos, qui était noyé dans la forêt amazonienne, devient un îlot.

Megaron: On le voit par satellite. Les agriculteurs ne laissent pas 50 ou 100 mètres comme ils le devraient mais avancent jusqu’à la dernière limite. Démarquer les territoires est primordial, autant pour la sauvegarde des peuples autochtones d’Amazonie que pour la protection de la forêt. Nous le faisons en creusant un fossé très large. Il faut l’entretenir pour qu’il ne disparaisse pas. C’est un travail énorme et sans fin. A présent, le Brésil veut adopter une réforme de sa législation qui établirait un statu quo pour les agriculteurs qui ont déboisé au-delà des limites. Ce serait catastrophique: ils pourraient garder leurs terres en toute impunité et ceux qui ont tué pour déboiser seraient même amnistiés.

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