On attendait plus de 500 chiens – autant que de députés à l'Assemblée nationale. Il n'y a eu qu'une petite meute à venir frétiller devant les grilles du Palais Bourbon, mardi après-midi. Désastre, sans doute, pour les chasseurs, qui, par ce rallye d'aboyeurs, pensaient identifier tous les élus à des chiens.

L'absence remarquée des toutous de ces messieurs, attendus mais pas là, disait donc l'échec de la protestation des partisans de la chasse, extrêmement remontés contre une loi qui limite leurs prérogatives tout en maintenant certains de leurs privilèges. Par 275 voix pour, 252 contre et 36 abstentions, la loi avancée par le gouvernement a finalement été adoptée en première lecture, après quelques jours de débat. Mais des mois, surtout, d'affrontement national: entre chasseurs et non-chasseurs; entre chasseurs et la ministre de l'Environnement, Dominique Voynet, abreuvée d'insultes grossières et machistes; entre membres de la majorité, eux-mêmes divisés sur la loi, au point que les communistes, à l'heure du vote, se sont abstenus.

Plus intouchables que les intouchables indiens, les chasseurs français subissent là une demi-défaite en terrain découvert. Du côté écologiste, les députés verts ont voté de guerre lasse, exaspérés par un dispositif qui va à l'encontre de leurs convictions les plus ancrées. Dans cette empoignade nationale, où les frontières gauche-droite sont souvent gommées, s'opposent deux légitimités: celle d'une catégorie de la population – les chasseurs – qui estime avoir reçu ses droits de la Révolution de 1789, et n'entend pas en démordre; celle des écologistes de l'autre, pas moins convaincus de la justesse de leurs convictions, d'autant que diverses directives européennes, non respectées en France, limitent les droits de la chasse au nom de la protection des espèces. A la querelle chasseurs-écologistes, se superpose donc une bagarre pro et anti-Europe.

Pourtant, à bien y regarder, la loi votée mardi a tous les traits du compromis (un mot détesté ici): les dates de la chasse ne suivront pas aveuglément celles dictées par Bruxelles, et seront déterminées par les préfets. Les chasseurs reçoivent la confirmation de leur droit à chasser la nuit dans 20 départements où elle est traditionnelle, ainsi que celui à chasser le gibier d'eau après le coucher du soleil. Mais leurs prérogatives sont rognées par la création d'un jour – le mercredi – où on ne chassera pas et par le droit donné aux propriétaires de refuser qu'on chasse sur leurs terres.

Apaisement général

Malgré les protestations des uns et des autres, le vote sonne un certain apaisement, né de l'aboutissement d'une réforme prudente et relativement équitable. Apaisement général (après des semaines incandescentes) que conforte la première apparition des deux «nouveaux» du gouvernement Jospin, Laurent Fabius et Jack Lang, l'un répondant brillamment sur la cession du Crédit commercial de France à un groupe britannique, et l'autre, plus chahuté, fière d'annoncer la conclusion d'un accord avec l'enseignement professionnel.