Immobile à côté de son vélo, Jérôme aperçoit les premiers manifestants, encore silencieux, postés sur le trottoir d’en face, au pied d’un immeuble abritant le consulat du Brésil à Genève. «Ah, vous venez aussi pour le rassemblement», comprend-il après quelques secondes d’hésitation. Membre de l’association Swiss Youth for Climate, le jeune homme de 24 ans s’est déplacé après avoir vu l’appel à une manifestation spontanée, relayée sur les réseaux sociaux depuis jeudi, contre la politique environnementale du président Jair Bolsonaro, jugé en partie responsable des feux qui frappent l’Amazonie.

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Il est midi. Une petite foule s’est constituée devant le consulat, dont l’entrée est bloquée par des forces de sécurité. Arrivé aux côtés des manifestants, Jérôme s’explique: «Je suis là pour qu’il y ait une prise de conscience que ce qui se passe au Brésil concerne le monde entier. La communauté scientifique est arrivée à un consensus sur le changement climatique, mais il y a toujours un déni chez beaucoup de personnes», regrette cet étudiant en psychologie à Lausanne, pendant que des chants appelant à sauver l’Amazonie commencent à se faire entendre. Jérôme a déjà participé à plusieurs grèves pour le climat avec d’autres jeunes, car «c’est un peu la seule manière de montrer qu’on n’est pas d’accord».

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Bientôt une savane

Des pancartes ont fleuri au milieu de la bonne centaine de manifestants. «Burn fascists, not forests», indique l’une d’elles qui, comme beaucoup d’autres, pointent du doigt «Bozo», alias Bolsonaro, dont la plupart des manifestants réunis ici critiquent, au-delà de sa mise au pas de l’environnement face à l’agrobusiness, la politique d’extrême droite. Les voix s’élèvent de nouveau, répétant le slogan «SOS Amazonie». Puis un des manifestants prend la parole. «L’Amazonie va devenir une savane. Il est crucial aujourd’hui de la défendre et de se mobiliser.»

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Jean-Jacques Fontaine connaît bien son sujet. Ancien journaliste de la RTS, il vit à Rio et a écrit plusieurs livres sur le Brésil, dont le dernier sur Bolsonaro. «Les feux ont toujours existé en Amazonie, mais ils ont pris une ampleur démesurée à cause de l’agronégoce», insiste-t-il. Quelques minutes plus tard, Olivier, un membre du mouvement de désobéissance civile BreakFree Suisse, tient à rappeler aux manifestants que les banques suisses «soutiennent la déforestation».

Alors que les slogans reprennent, une dizaine de jeunes lancent, en anglais: «What do we want? – Climate justice! – When do we want it? – Now!» La manifestation a aussi permis à des expatriés brésiliens de faire passer d’autres messages. Comme ce groupe de femmes du Comité Lula Libre, qui milite, banderole en mains, pour la libération de l’ancien président brésilien, condamné en 2018 par la justice de son pays pour corruption. «Si Lula n’était pas en prison, il ferait beaucoup plus pour l’Amazonie», estime Carla, Brésilienne qui vit désormais en Suisse. Quarante minutes après le début du rassemblement, l’appel est donné de se disperser, dans le calme.

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