France

Pourquoi le Rassemblement national remplacera le Front national

En proposant ce nouveau nom au vote des militants, Marine Le Pen affiche sa volonté de conclure des alliances dans le combat électoral des «nationaux» contre les «mondialistes»

Le Front national vit ses dernières heures. Si les adhérents du parti d’extrême droite français acceptent la proposition de changement de nom faite ce dimanche à Lille par leur présidente Marine Le Pen, la formation créée en 1972 par son père deviendra le Rassemblement national. Son emblème – une flamme bleu-blanc-rouge – demeurera en revanche inchangé. Cette révolution sémantique, annoncée depuis plusieurs semaines, est conforme aux pronostics. Le terme Rassemblement a finalement été préféré à l’appellation Les Nationaux qui tenait aussi la corde.

Le choix de ce nouveau nom aboutira sans doute à un changement d’une lettre. La plupart du temps, le Front national était désigné sous ses initiales FN. Place donc au RN, ce qui ne sonne pas particulièrement bien. L’utilité du nouveau nom est en fait avant tout politique. La formation présidée par Marine Le Pen – laquelle a réuni sur son nom plus de 10 millions de voix au second tour de la présidentielle (un record historique) – a impérativement besoin d’alliés pour espérer devenir, comme elle l’a répété ce dimanche, un «parti de gouvernement». Le verbe rassembler doit donc ici être pris au pied de la lettre. Il va sans doute, si les militants l’approuvent, s’accompagner d’une stratégie d’ouverture des listes électorales à des personnalités extérieures au parti actuel, dans une proportion plus importante qu’auparavant, pour les prochaines européennes (mai 2019) et municipales (2020). Signe révélateur: Marine Le Pen avait créé en 2012 le Rassemblement bleu Marine pour intégrer à son mouvement des candidats tels que l’actuel député Gilbert Collard (Gard) ou le maire de Béziers (Hérault) Robert Ménard. Ces derniers jours, un ancien député Les Républicains, Thierry Mariani, ancien élu des Français de l’étranger pour l’Asie, s’est déjà déclaré intéressé…

L’autre vocation de ce changement de nom est de confirmer la rupture historique du mouvement. Ce n’est pas un hasard si le 16e congrès du FN, qui vient de s’achever à Lille, a également modifié ses statuts et supprimé la présidence d’honneur occupée par son fondateur, Jean-Marie Le Pen. Autre fait symbolique: l’intervention remarquée, samedi, de l’idéologue américain Steve Bannon, ancien directeur de la campagne présidentielle victorieuse de Donald Trump. Le Rassemblement national met le cap sur une nouvelle stratégie politique: celle du scrutin majoritaire qui impose à la fois de cliver et de regrouper, comme a su le faire Trump en misant sur les peurs des classes populaires et d’une partie de la classe moyenne blanche aux Etats-Unis.

Difficile, pour les adversaires de Marine Le Pen, notamment à droite, de continuer à ostraciser un parti qui se nomme Rassemblement, prend pour modèle la Ligue du nord italienne et affirme vouloir défendre les entrepreneurs français contre les multinationales. Difficile aussi, pour l’électorat de la gauche radicale, socialement en colère, de ne pas se trouver mis en porte-à-faux par ce changement d’intitulé. Une stratégie pondérée par un cruel rappel historique dont abondent déjà les réseaux sociaux: l’utilisation du terme Rassemblement national populaire par le parti collaborationniste de Marcel Déat (venu des rangs socialistes) durant la Seconde Guerre mondiale.

Reste le message politique. A-t-on vu ce week-end, à Lille, une différence notable entre le programme et les intentions du Front National et du futur Rassemblement national? La réponse est négative. De nouveau, la lutte contre l’immigration, le rejet de l’Europe communautaire, les attaques contre les géants américains du numérique ont été au centre du discours de clôture de Marine Le Pen.

Changement de registre important toutefois: peu d’attaques, au final, contre la droite traditionnelle – sauf sur ses engagements pro-européens – et contre les insoumis de Jean-Luc Mélenchon. C’est à Emmanuel Macron, en visite officielle en Inde, que la présidente du FN a réservé tous ses coups. Le Rassemblement national, à l’évidence, vise à devenir en France le «Rassemblement anti-Macron». Une stratégie d’antagonisme personnalisé similaire à celle que Donald Trump (conseillé par Bannon) employa avec succès aux Etats-Unis contre Hillary Clinton. Mais à une énorme différence près: Trump était un nouveau venu en politique, alors que Marine Le Pen est l’héritière d’une dynastie, et a déjà connu deux défaites à la présidentielle.

De quoi alimenter le suspense sur un autre remplacement possible d’ici à la fin du quinquennat en 2022: la possible candidature, au nom du RN, de celle qui, malgré son absence à Lille, était dans toutes les têtes ce week-end: Marion Maréchal-Le Pen, ex-députée reconvertie dans le privé, et dont beaucoup parient, à terme, sur le retour dans l’arène politique française.

Publicité