«Voici un exemple de l’horreur créée par Mladic», a dit Peter McCloskey, représentant du bureau du procureur, en montrant aux juges plusieurs photos de charniers découverts à Srebrenica après la guerre de Bosnie (1992-1995).

«Cet homme n’est pas mort paisiblement», a ajouté Peter McCloskey, se référant au visage tendu, la bouche grande ouverte, d’un homme dont le cadavre est en partie décomposé. Dans un extrait vidéo, les corps de musulmans de Srebrenica sont empilés le long d’une route.

Ratko Mladic, 70 ans, qui plaide non coupable et encourt la prison à vie, doit notamment répondre du massacre de Srebrenica en juillet 1995, au cours duquel près de 8000 hommes et adolescents musulmans avaient été tués par les forces serbes de Bosnie, le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Arrestation en 2011

Le procès a été ajourné sine die après la déclaration liminaire de l’accusation, débutée mercredi et achevée jeudi. Les juges ont décidé de «suspendre» la prochaine étape du procès, à savoir l’audition des témoins de l’accusation, initialement prévue pour débuter le 29 mai.

Le juge président Alphons Orie a lui évoqué des «irrégularités» dans la transmission à la défense de documents en possession du bureau du procureur et devant permettre à la défense de se préparer pour le procès.

Au prétexte qu’elle n’était pas prête, la défense de Ratko Mladic avait demandé lundi aux juges d’ajourner de six mois l’ouverture du procès.

Arrêté le 26 mai 2011 en Serbie après avoir échappé pendant seize ans à la justice internationale, Ratko Mladic est accusé de génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pendant la guerre de Bosnie, qui avait fait 100 000 tués et 2,2 millions de déplacés.

Accusation lancée

A la tête de troupes «disciplinées» et «efficaces», l’accusé ne s’est par ailleurs pas contenté de donner les ordres à Srebrenica, il était parfois «lui-même sur le terrain et personnellement impliqué», selon M. McCloskey.

Le représentant du bureau du procureur a également décrit jeudi comment les hommes et garçons musulmans étaient emmenés en cars vers des «sites d’exécution isolés» par les troupes de Ratko Mladic.

«Il commandait les hommes qui ont commis les crimes repris dans l’acte d’accusation», a assuré un autre représentant du bureau du procureur, Dermot Groome.

Critique

Son seul supérieur était l’ex-chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, jugé à La Haye depuis octobre 2009, a assuré M. Groome.

L’ancien général a souvent hoché la tête jeudi pour désapprouver les propos de l’accusation. Son visage s’est parfois barré d’un léger sourire lorsqu’ont été diffusées des vidéos d’archives le montrant donner des ordres à ses troupes ou s’adresser à des journalistes.

Au premier jour du procès, mercredi, l’accusation avait affirmé que Ratko Mladic avait «pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie» au début des années 1990.

Femmes présentes sur place

L’accusé avait adressé mercredi un geste signifiant «trancher la gorge» aux mères et veuves de Srebrenica ayant fait le déplacement pour l’occasion et assises dans la galerie du public, a assuré l’une d’elle à l’AFP.

Un journaliste de la télévision publique bosnienne FTV qui était sur place et un autre participant à l’audience, ont confirmé l’incident, la porte-parole du TPI Nerma Jelacic se limitant à dire qu’»il y a eu une communication entre le prévenu et des personnes dans la galerie».

Une vingtaine de mères de victimes du massacre de Srebrenica s’étaient rassemblées devant le tribunal, brandissant pour certaines des pancartes, où il pouvait être lu: «Mladic, le plus grand meurtrier de personnes et d’enfants innocents».