«Rêver et continuer un pays: aujourd’hui commence notre 8e congrès du PCC», a tweeté le président Miguel Diaz-Canel, appelé à prendre d’ici lundi les rênes du parti. C’est «le congrès de la continuité», a-t-il ajouté, soulignant ainsi que les lignes directrices du pouvoir à Cuba, l’un des cinq derniers pays communistes au monde, ne changeraient pas.

Raul Castro a appelé vendredi à un «dialogue respectueux» entre Cuba et les Etats-Unis, mais sans «renoncer au socialisme», dénonçant la «guerre économique» menée contre l’île. «Je confirme, à ce congrès du parti, la volonté de nouer un dialogue respectueux, une nouvelle forme de relations avec les Etats-Unis sans prétendre que, pour y arriver, Cuba renonce aux principes de la révolution et du socialisme», a-t-il déclaré.

Tensions sous Trump

Les relations entre Cuba et les Etats-Unis, après une détente historique mais éphémère entre 2014 et 2016, se sont à nouveau tendues sous l’administration de Donald Trump, qui a durement renforcé l’embargo en vigueur depuis 1962. «L’objectif de ces mesures est de renforcer le siège économique» de Cuba, «avec comme but déclaré d’étrangler le pays et de provoquer une explosion sociale», a dénoncé Raul Castro, fustigeant cette «guerre économique», selon des images retransmises à la télévision d’Etat.

Vêtu d’un uniforme militaire, Raul Castro a été ovationné à son arrivée au congrès, à l’issue duquel il doit céder, lundi, le poste de premier secrétaire du parti au président Miguel Diaz-Canel, un civil de 60 ans.

«En ce qui me concerne, ma tâche comme premier secrétaire du comité central du Parti communiste de Cuba s’achève, avec la satisfaction d’avoir rempli mon rôle et avec confiance en l’avenir de la patrie», a-t-il indiqué, assurant qu’il «continuer (a) à militer comme simple combattant révolutionnaire disposé à apporter sa contribution jusqu’à la fin de ma vie». «Que personne n’en doute: tant que je vivrai, je serai prêt, avec le pied sur l’étrier, pour défendre la patrie, la révolution et le socialisme», a-t-il martelé, sous les applaudissements de quelque 300 délégués du parti venus de toutes les provinces du pays et réunis à La Havane pour l’occasion.

Après la mort de Fidel en 2016, le départ en retraite de Raul, 89 ans, tourne toutefois une page historique pour l’île et ses habitants, dont presque tous n’ont jamais connu d’autre famille dirigeante que celle des célèbres révolutionnaires.

«Cuba en congrès!»

La réunion, à portes fermées, s’ouvre 60 ans jour pour jour après la proclamation par Fidel Castro du caractère socialiste de la révolution. Contrairement aux précédentes éditions, aucune image n’était diffusée à la télévision vendredi matin. Selon le site officiel Cubadebate, après un hommage à Fidel, son frère Raul présentait aux délégués le rapport central du congrès. La désignation de M. Diaz-Canel comme nouveau premier secrétaire, poste le plus important à Cuba, devrait avoir lieu au dernier jour, lundi.

«Cuba en congrès!», s’exclame vendredi Granma, le journal officiel du parti, avec une photo de Fidel Castro brandissant un fusil. Promettant «quatre journées intenses de débats et de recherche de solutions», le quotidien évoque aussi «le processus naturel de transit d’une génération à une autre». Les partis communistes de Chine, Vietnam, Laos et Corée du Nord ont envoyé des messages de félicitations à Cuba, selon Granma.

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Dans les rues de La Havane, désertées de touristes en raison de la pandémie, les Cubains semblent surtout préoccupés par les pénuries alimentaires, les files d’attente face aux magasins et l’inflation vertigineuse provoquée par la récente unification des deux monnaies locales. «J’espère qu’avec le congrès ça va s’améliorer car les prix sont très élevés, les salaires ont augmenté […] mais ça ne suffit pas», se lamente Maria Martinez, retraitée de 68 ans.

«La fin d’une dynastie»

Pour Norman McKay, analyste de The Economist Intelligence Unit, «le départ de (Raul) Castro est un événement marquant, non seulement parce qu’il marque la fin d’une dynastie qui a duré plus de 50 ans, mais aussi parce qu’il intervient dans une période de difficultés et de perturbations économiques importantes». «Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il y aura un changement brutal dans le style du Parti communiste», mais «internet devrait faciliter les demandes de transparence et de libertés, donnant lieu à des défis pour le gouvernement que le Parti communiste aura du mal à ignorer».

Ces derniers mois, Cuba vit une grogne sociale inédite, sous l’impulsion de l’arrivée récente de l’internet mobile, avec des manifestations d’artistes, des protestations de dissidents et des mobilisations d’autres secteurs de la société civile comme les défenseurs des animaux.