états-Unis

Raz de marée de Bill de Blasio qui s’empare de la mairie de New York

Le candidat démocrate a obtenu une victoire écrasante mardi face à son rival républicain Joe Lhota. Beaucoup voient dans cet éclatant succès un référendum contre la politique menée par les maires Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg

L’actuel maire de New York Michael Bloomberg a dû moyennement apprécier la victoire écrasante de Bill de Blasio dans la course à sa succession. Mardi, le candidat démocrate a remporté la course à la mairie de la première ville des Etats-Unis avec l’écart le plus important jamais enregistré dans un tel scrutin: 73% des votes contre 25% pour son rival républicain Joe Lhota, ex-patron des Transports publics new-yorkais (MTA). Il faut remonter au démocrate Edward Koch en 1985 pour avoir un écart aussi important (68%). Le score est tel que les observateurs considèrent ce raz de marée comme un rejet massif de la politique menée par les deux maires précédents Rudolph Giuliani (1994-2001) et Michael Bloomberg (2001-2013) qui achève son mandat le 31 décembre prochain. Le premier s’était surtout distingué par sa politique de tolérance zéro envers la criminalité, nettoyant le centre-ville des mendiants et criminels. Le second a poursuivi le travail de son prédécesseur en contribuant à faire de New York une ville où les prix de l’immobilier et les loyers incitent de plus en plus la classe moyenne à aller s’installer dans des cités plus abordables.

Bill de Blasio a axé sa campagne sur la nécessité de faire de New York non pas une ville accessible aux seuls privilégiés, mais à tout le monde. Il a fait de la lutte contre les inégalités son cheval de bataille. Le message a fait mouche puisque le démocrate a obtenu une majorité des votes dans tous les segments de l’électorat quel que soit le genre, la race, le niveau d’éducation ou de revenu. Décrié par son adversaire comme un «socialiste» prêt à faire replonger New York dans les années où elle était parcourue par une criminalité endémique, Bill de Blasio redonne en quelque sorte à New York le lustre progressiste qui a souvent fait sa réputation au niveau national. Pour la mégapole de la côte Est, c’est un virage à gauche radical.

Mardi soir, le vainqueur de l’élection, qui promet de demander aux élus de l’Etat de New York le droit d’augmenter les impôts des New-Yorkais gagnant plus d’un demi-million de dollars pour financer l’école maternelle pour tous dès l’âge de 4 ans, a mis l’accent sur la solidarité et le devenir commun des habitants. Lui-même marié à une poétesse afro-américaine, il a présenté tout au long de la campagne électorale un visage très multiculturel qui sied à la Grande Pomme avec notamment un fils qui se plaît à exhiber une chevelure afro-américaine branchée.

L’écrasante victoire de Bill de Blasio donne à ce dernier un mandat pour concrétiser sa vision du développement de cette ville de 8,3 millions d’habitants. Les défis ne manquent pas. New York compte 50 000 sans-abri et 1,7 million d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté (plus de 20%). La qualité des écoles publiques reste très inégale d’un quartier à l’autre. Le démocrate, qui a récemment dîné avec le président Barack Obama venu le soutenir dans la course au City Hall, compte aussi agir au niveau du logement pour contrer les effets de la gentrification de la ville, excluant un nombre croissant de familles de la classe moyenne. Il promet de faire construire 200 000 logements abordables.

Pour Bill de Blasio, dont le père et la mère sont nés à New York, son élection de mardi constitue un bond en avant un peu inattendu. Voici quelques mois, il était peu connu des New-Yorkais qui lui préféraient la présidente du Conseil municipal Christine Quinn pour représenter les démocrates dans la course à la mairie. Mais fort d’une campagne organisée avec une redoutable efficacité, il a obtenu le soutien d’économistes comme Joseph Stiglitz et Jeffrey Sachs, du milliardaire George Soros et d’actrices comme Susan Sarandon. Il a remporté aisément les primaires démocrates avant de claironner son message de futur maire progressiste face à un républicain terne qui a surtout mis en garde contre le risque de faire replonger New York dans les années 1970, où les criminels abondaient sur Amsterdam Avenue dans l’Upper West Side et où les prostitués et clochards peuplaient Times Square, une place aujourd’hui très prisée par les touristes. L’ampleur de sa victoire est un soutien manifeste à sa vision de la ville. Mais elle constitue aussi une exigence de changement. Le défi ne sera pas simple.

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