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Enfant atteint de malnutrition dans la province du Kasaï oriental.
© THOMAS MUKOYA / Reuters

Afrique centrale

En RD Congo, financer l’humanitaire ne suffit pas

Vendredi à Genève, une cinquantaine d’Etats et de nombreuses ONG ont participé à une conférence pour financer l’aide humanitaire à hauteur de 1,7 milliard afin de faire face à la très grave crise congolaise. Mais il importe de s’attaquer aux causes profondes du conflit. Six millions de Congolais sont morts de causes liées au conflit au cours des deux dernières décennies

La République démocratique du Congo (RDC) est engluée dans une crise humanitaire dont on ne voit pas le bout et qui est désormais classée au même niveau que les crises du Yémen et de la Syrie. Les conflits internes se sont multipliés, mettant aux prises plus de 200 groupes armés.

Réunis au Palais des Nations à Genève vendredi pour une conférence humanitaire consacrée à la RDC, une cinquantaine d’Etats membres et des ONG ont cherché à obtenir des promesses de financement à hauteur de 1,7 milliard de dollars pour répondre aux besoins humanitaires qui ont explosé notamment dans les provinces du Kasaï, du Nord et du Sud-Kivu ainsi qu’en Ituri. Ces besoins «ont doublé en un an. En 2017, les personnes nécessitant une aide humanitaire se chiffraient à 7,3 millions. Cette année, elles sont 13 millions», souligne le responsable onusien Mark Lowcock, alors que la population totale du pays s’élève à 94 millions d’habitants.

En décembre 2017, la RDC a battu un triste record avec 4,5 millions de déplacés internes. Plus de 700 000 réfugiés ont fui le pays dont 50 000 en Angola, 300 000 en Ouganda et 85 000 au Rwanda. 2,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition sévère. Sigrid Kaag, ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, qui parrainaient la conférence, l’a martelé: la RDC est une «crise oubliée» qui mérite davantage d’attention. «On ne compte plus les femmes et filles victimes de violences sexuelles, de viols multiples.»

«Aucune crise humanitaire»

Mark Lowcock s’est dit surpris par les promesses de dons qui atteignent déjà 530 millions de dollars: «Quinze Etats ont promis des contributions bien supérieures à 2017.» Cet optimisme se manifeste alors qu’une certaine fatigue des donateurs s’est fait jour l’an dernier. Il contraste aussi avec les tensions politiques que la conférence a suscitées. Bien que l’appel de fonds de 1,7 milliard ait été lancé à Kinshasa en janvier, le gouvernement de Joseph Kabila a boycotté le rendez-vous genevois. Motif: pour lui, il n’y a pas de crise humanitaire.

Le ministre congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, a dénoncé la description de la situation par les Nations unies, estimant qu’elle est «contre-productive pour l’image de marque et l’attractivité (du) pays, et agit comme repoussoir pour les investisseurs potentiels». Vendredi, il est allé plus loin, déclarant que toute ONG qui accepterait des fonds débloqués par la Belgique en subira les conséquences: «Les ONG qui recevront cet argent ne seront pas autorisées à travailler dans notre pays.» Dans un tweet au vitriol, le millionnaire congolais Moïse Katumbi, qui avait lancé sa candidature pour succéder à Kabila en juin 2017 à Genève, condamne l’attitude de Kinshasa: «Ce régime sacrifie des millions de Congolais pour tuer en silence, pour ne pas avoir de comptes à rendre à ceux qui veulent assister notre population qui souffre.»

C’est au niveau des communautés qu’il faut chercher à agir en négociant un partage équitable des ressources et du pouvoir entre groupes ethniques

John*, qui œuvre à la paix en RDC depuis près de trente ans, a fait le déplacement de Genève. Il salue la bonne volonté des participants, mais n’en critique pas moins la finalité. «On arrose le pays d’argent, mais on ne s’attaque pas au fond des problèmes. On soigne les symptômes et on voit que cette approche ne marche pas, mais on la reprend chaque année. Or c’est au niveau des communautés qu’il faut chercher à agir en négociant un partage équitable des ressources et du pouvoir entre groupes ethniques.» Pour John, il y a un grave problème structurel, à commencer par l’absence de l’Etat. «Il faut un minimum d’administration qui fonctionne afin que la population retrouve confiance en elle. Et il faut surtout décentraliser, s’orienter vers un Etat fédéral. Sans quoi, le pays restera ingérable.»

Contrôler le territoire

Le cercle vicieux, explique John, est que chaque groupe ethnique essaie de mettre la main sur le poste de gouverneur de province, de chef de territoire ou de chef coutumier. C’est une manière d’avoir accès aux abondantes ressources naturelles (cobalt, cuivre, etc.) du pays et surtout au pouvoir central de Kinshasa. Il faut donc contrôler le territoire pour accéder aux ressources. C’est ce qu’a fait la milice M23, profitant du sentiment d’exclusion des Tutsis en RDC pour envahir le Nord et le Sud-Kivu. «En RDC, il y a une multitude de mini-M23», ironise John. Au Kasaï, fief historique de l’opposition, Kinshasa a placé un gouverneur hostile. Face au mécontentement, le gouvernement réprime à tout va.

Si on remplace Joseph Kabila, on ne changera rien à la situation. Elle sera juste un peu plus stable pour un moment.

Des élections prévues pour le 23 décembre, soit deux ans après les accords de la Saint-Sylvestre, seront-elles une solution à la crise congolaise? John n’y croit pas une seconde. «Si on remplace Joseph Kabila, on ne changera rien à la situation. Elle sera juste un peu plus stable pour un moment. Les conditions ne sont pas remplies pour tenir des élections crédibles.» John se dit «déprimé» face à la situation. La RDC, où est toujours déployée la plus grande opération de maintien de la paix de l’ONU, est, selon Human Rights Watch, le pays ayant connu le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale avec six millions de morts liés aux troubles recensés ces deux dernières décennies.


*Prénom d’emprunt

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