L'heure critique du dépouillement commence dimanche soir en République démocratique du Congo (RDC). L'engouement pour des élections générales historiques trois fois reportées s'est confirmé tout au long de la journée. Dans le Sud-Kivu, le scrutin a été assombri par des violences ayant fait quatre morts, ont annoncés dimanche soir des partisans de l'un des opposants.

Les opérations de vote se sont d'ailleurs prolongées bien au-delà de l'heure limite dans des bureaux de vote à Kinshasa et Goma, à 2000 km plus à l'est, ont rapporté des journalistes de l'AFP. L'heure butoir était initialement fixée à 18h suisse.

Ce dimanche matin:  La RD Congo vote dans un climat tendu

40 millions d'électeurs

Des bureaux de vote n'ont pu ouvrir à temps et d'autres ont subi les caprices de la machine à voter pour ce troisième scrutin présidentiel depuis 2006, le plus riche en intensité. Quelque 40 millions d'électeurs, dont beaucoup de jeunes, ont été appelés à désigner le successeur du président Joseph Kabila, contraint de ne pas briguer un troisième mandat interdit par la Constitution.

De bon matin, le président Kabila a voté en famille à Kinshasa, suivi de son dauphin, le candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary.

Le dauphin: «J'ai gagné»

Les deux principaux candidats de l'opposition ont déjà contesté dimanche soir le déroulement des opérations de vote dans le plus grand pays d'Afrique sub-saharienne.

L'autre candidat de l'opposition, Martin Fayulu, a dénoncé «de nombreuses et graves irrégularités» dans le déroulement des opérations de vote. Il affirme par exemple que ses observateurs «ont été chassés de plusieurs bureaux de vote». Sans revendiquer la victoire, Martin Fayulu a écarté l'hypothèse de celle du candidat du pouvoir: «Est-ce que quelqu'un de sérieux peut dire que Shadary a gagné l'élection?»

«J'ai déjà gagné. Je serai élu, c'est moi le président à partir de ce soir», avait affirmé le même Emmanuel Ramazani Shadary, dès le matin en sortant d'un bureau de vote. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) s'est pourtant donné une semaine jusqu'au 6 janvier pour la proclamation des résultats provisoires.

Un sondage a donné cette semaine le dauphin perdant et ont prédit la victoire du candidat d'opposition Martin Fayulu. «Nous suivons pas à pas ce qui se passe. Si c'est fait dans le but de légitimer le candidat du pouvoir, nous ne l'accepterons pas», a prévenu l'un des deux candidats de l'opposition, Félix Tshisekedi.

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Des incidents pendant la journée

Flix Tshisekedi évoquait les incidents qui ont émaillé la journée électorale. En début d'après-midi, la conférence épiscopale (Cenco) en a relevé 1543 sur les 12 300 rapports de ses observateurs sur le terrain. Ces incidents portent sur des «dysfonctionnements de la machine à voter» (544), «interdiction d'accès ou expulsion des observateurs des bureaux de vote» (115), ou le même sort réservé aux «témoins» des candidats (96), détaille la Cenco.

Quatre personnes ont été tuées dans le Sud-Kivu où un agent électoral a voulu bourrer les urnes en faveur du dauphin de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, a accusé un proche du candidat de l'opposition Félix Tshisekedi. Pas n'importe quel proche: Vital Kamerhe, ex-président de l'Assemblée nationale, ex-candidat en 2011, et homme fort du Sud-Kivu.

A Kinshasa, des électeurs ont hué le président de la Céni, Corneille Nangaa, venu en personne constater les problèmes au centre de vote Saint-Raphaël à Limete. Dans ce bastion de l'opposition, les opérations de vote doivent se poursuivre jusqu'à 22h00 locales après de gros retards à l'ouverture en matinée.

La cité de Beni, dans le Nord-Kivu, a organisé un vote symbolique pour protester contre le report des élections présidentielle, législatives et provinciales dans sa région. Les autorités ont justifié ce report en raison de l'épidémie d'Ebola et des massacres de civils dans la région, ce qui a provoqué la colère des habitants.

Le couacs des machines

Objet de toutes les polémiques depuis plus d'un an, la machine à voter a connu de nombreux couacs dimanche. «Il n'y a pas de machines et les quelques machines qui sont là, elles ont des problèmes, elles ne marchent pas, et nous n'avons pas de matériel électoral», a déclaré Pesible, un électeur.

«Il y a cinq à six bureaux où les machines ne fonctionnent pas» a témoigné à Lubumbashi un «témoin» (observateur d'un candidat). Le vote «avec la machine est très compliqué. J'ai appuyé sans trop savoir pour qui. Je n'ai pas vu le numéro ni le visage de mon candidat», regrette Madeleine, une dame d'un âge avancé en sortant de l'isoloir dans le quartier populaire de Ndjili.

Les électeurs qui ont pu voter ne cachaient par leur enthousiasme et leur soif d'autres horizons. «Parce que le Congo a trop souffert nous méritons le changement», résume un électeur à Goma, Patrice Nzanzu, technicien.

Prière du pape et frontières fermées

Le pape François a prié dimanche pour la RD Congo, appelant tous les acteurs à assurer un déroulement «régulier et pacifique» des élections.

Kinshasa a refusé toute aide logistique des Nations unies, présentes depuis 20 ans au Congo, de même que toute mission d'observation occidentale. Le pouvoir a annoncé la fermeture de ses frontières terrestres, lacustres et fluviales le jour du vote avec ses neuf voisins. En revanche, internet n'était pas coupé, contrairement à ce qui se passe lors des journées de fortes tensions.