Le volcan Nyiragongo est entrée en éruption dans le soirée du samedi 22 mai. Situé à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville de Goma et du lac Kivu et à l'ouest de la frontière du Rwanda, il ne s'était pas manifesté depuis 2002. Après une interruption de la coulée de lave le lendemain dans les faubourgs de Goma, les habitants et le gouvernement s'inquiétaient d'une possible reprise. Le bilan de samedi s'élevait à 32 morts. Depuis, cette crainte n'a cessé de croître et la ville éprouve des secousses sismiques à répétition Ce jeudi 27 mai, dès l'aube, les autorités ont ordonné l'évacuation des lieux.

Des milliers de piétons

Une consigne qui a rapidement tourné à l'exode pour cette ville qui compte plus de 600 000 habitants. Des embouteillages, sur des kilomètres, se sont alors formés sur les routes quittant par l'ouest la ville de Goma. Dans la cohue et l'énervement, des files de voitures, camions et mini-bus surchargés tentaient d'avancer péniblement sur la route reliant sur plus de 25 kilomètres la ville à la localité de Sake, dans la région montagneuse du Masisi.

Des milliers de piétons, des familles, des enfants des personnes âgées portant valises et balluchons, marchaient sur le bas-côté, tandis que quelques militaires et policiers tentaient, souvent impuissants, de fluidifier la circulation. Des gens ont choisi de fuir par le nord de Goma, via Rutshuru, en empruntant par milliers la route coupée dans cette direction par la coulée de lave de samedi dernier. Des habitants circulant à pied tentent de s'accrocher au petit bonheur la chance aux 4X4 et autres gros véhicules ralentis.

Sur le bas côté, Rachel Mapendo, une grand-mère livrée à elle-même avec son petit fils fustige les autorités: «C'est désolant, elles n'ont donné aucun véhicule.» Madeleine part elle aussi à pied avec ses cinq enfants et confie ses inquiétudes: «Je ne sais pas ce que nous mangerons là-bas et je n'arrive pas à trouver mon mari depuis la dernière éruption.» 

Appelant au calme, les autorités affirment avoir mis à disposition des moyens de transport et déployer des patrouilles des forces de l'ordre «pour sécuriser les biens et les personnes.» Mais «on ne voit pas ces moyens pour quitter Goma, il y a trop d'embouteillages et les prix des taxis-moto explosent», déplore une autre habitante. Depuis la metinée, le litre de carburant a triplé en quelques heures. Au port de Goma, c'était également la cohue. La foule s'est pressée dès l'aube pour monter à bord de bateaux en direction de Bukavu, au sud du Kivu, avant que les autorités n'interdisent la navigation.

De multiples risques

Pendant ce temps, des experts ont été dépêchés par le gouvernement congolais au sommet du Nyiragongo pour évaluer le risque d'une nouvelle éruption volcanique, «observer et prélever des données qui nous permettrons de prendre des décisions futures», déclare Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement.

«Les données actuelles de la sismicité et de la déformation du sol indiquent la présence de magma sous la zone urbaine de Goma, avec une extension sous le lac Kivu, a annoncé le général Constant Ndima, gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu. Nous ne pouvons pas exclure qu'une éruption, à terre ou sous le lac, advienne sous très peu de temps et sans aucun signe précurseur.»

Des risques supplémentaires sont à prévoir, liés à l'interaction entre la lave et l'eau du lac, a également mis en garde le gouverneur, évoquant le scénario catastrophe d'un risque de déstabilisation du gaz sous le lac appelé «éruption limnique» dans le jargon des spécialistes. La précédente éruption majeure du Nyiragongo a eu lieu le 17 janvier 2002. Elle avait fait une centaine de morts. L'éruption la plus meurtrière remonte à 1977 et avait fait plus de 600 morts.