La coulée de lave descendue des flancs du volcan Nyiragongo, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), jusque vers Goma s’est arrêtée dimanche dans les faubourgs de la ville. Les habitants s’inquiétaient toujours d’une possible reprise de l’éruption.

L’immense coulée de lave a cessé sa progression dans le courant de la nuit pour s’immobiliser dans le faubourg de Buhene, qui marque la limite nord-est de Goma, ont constaté des correspondants de l’AFP. Du feu et de fortes émanations se dégageaient du front de lave rocheux, noirâtre et toujours instable.

«La ville a été épargnée», a déclaré le gouverneur militaire de la région, Constant Ndima. Il a fait état d’un bilan provisoire de 5 personnes tuées dans des accidents lors des déplacements de population. Plusieurs habitations ont été englouties par la lave, semblable à un énorme chewing-gum avalant tout sur son passage. Des amas de tôles tordues par la fournaise apparaissaient ici et là sur la roche encore en fusion par endroits, s’étendant à perte de vue. La lave a stoppé sa progression à quelques centaines de mètres de l’aéroport de Goma, d’où les avions ont été évacués dans la nuit, et où tous les vols du jour ont été annulés, selon une source aéroportuaire.

Dix petits séismes

Une dizaine de petits séismes ont été par ailleurs ressentis depuis l’aube. «Les autorités locales qui ont suivi l’évolution de l’éruption toute la nuit informent que la coulée de lave a perdu en intensité, avec quelques secousses sismiques», a indiqué sur son compte Twitter le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. «L’évaluation de la situation humanitaire est en cours», a-t-il assuré.

L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), qui gère le Parc national des Virunga, où est situé le volcan, a par ailleurs annoncé que des «touristes présents samedi au cratère sont sains et saufs». Les rares gorilles de montagne, dont les Virunga sont un sanctuaire, ne sont pas menacés, a ajouté l’ICCN.

Le volcan Nyiragongo, dont les sombres pentes majestueuses dominent Goma et le lac Kivu, est entré en éruption samedi soir, prenant tout le monde de court, y compris les autorités, forcées de donner peu après l’ordre d’évacuation de la ville.

Dernières coulées en 2002

Cette soudaine activité volcanique a aussitôt provoqué la peur des populations, familières des colères du volcan. «Le ciel est devenu rouge», a raconté une habitante, témoignant «des flammes géantes sortant de la montagne», tandis que des odeurs de soufre se répandaient dans la ville.

Des dizaines de milliers de personnes ont fui vers le poste frontière avec le Rwanda, tout proche, au sud de Goma, et vers le sud-ouest de la ville, en direction de la région du Masisi. Au Rwanda, l’accueil de milliers de personnes s’est déroulé dans le calme, canalisé et organisé par les autorités. «Actuellement, les citoyens de la RDC qui avaient trouvé refuge au Rwanda à la suite de l’éruption du Nyiragongo continuent de regagner leur pays», a indiqué sur Twitter dimanche matin la Rwanda Broadcasting Agency (RBA), qui diffuse la télévision publique.

La précédente éruption majeure du Nyiragongo remonte au 17 janvier 2002. Elle avait causé la mort de plus de cent personnes, couvrant de lave quasiment toute la partie est de Goma, y compris la moitié de la piste de l’aéroport. La lave s’était alors lentement écoulée vers la ville, qu’elle avait coupée en deux, pour finir par se déverser dans le lac Kivu. Mais l’éruption la plus meurtrière, en 1977, avait fait plus de 600 morts.

Samedi soir, deux coulées de lave ont été observées, l’une descendant vers l’est, dans des zones habitées mais non urbaines, vers la frontière toute proche avec le Rwanda. Et l’autre qui a coulé lentement vers le sud, pour atteindre la limite de Goma dans la nuit. Plusieurs petits villages ont été engloutis.

Curieux mais méfiants

A la fois curieux et méfiants, des centaines de badauds se sont approchés du front de lave s’étendant à perte de vue, prenant au passage des images avec leur téléphone portable. Les plus audacieux faisaient quelques pas sur la roche encore fumante. «Des gens commencent à regagner doucement leur domicile, la situation est plutôt calme pour le moment, a témoigné un habitant. Mais la population a encore peur, elle est dans l’embarras car les autorités n’ont fait aucune communication ce matin», a-t-il ajouté.

Capitale régionale du Nord-Kivu, Goma compte près de 600 000 habitants, dans une province troublée où sévissent de nombreux groupes armés. La région de Goma est une zone d’intense activité volcanique, avec six volcans, dont le Nyiragongo et le Nyamuragira, qui culminent respectivement à 3470 et 3058 mètres.