Les divers groupes rebelles actifs dans le nord du Mali, d’où ils ont chassé l’armée régulière il y a un mois, se rendent coupables de crimes de guerre, dénonce Human ­Rights Watch (HRW) dans un rapport publié lundi. Exécutions sommaires, viols, rapts, embrigadement d’enfants soldats, pillage d’hôpitaux, d’écoles et d’agences humanitaires font partie des violences perpétrées par les indépendantistes touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ainsi que – dans une moindre mesure – par les groupes armés islamistes et arabes, également présents dans la région affirme l’ONG.

Elle déclare aussi avoir reçu des «informations crédibles» indiquant que des soldats de l’armée malienne ont pour leur part «détenu de manière arbitraire» et «sommairement exécuté» des Touareg, membres des services de sécurité ou simples civils.

L’organisation fonde ses accusations sur une centaine de témoignages de gens de la région recueillis entre fin mars et mi-avril à Bamako. Au-delà des récits de victimes et de témoins d’abus, HRW a également tenu compte des propos d’autorités locales, religieuses, ou encore de personnel humanitaire et médical.

Au moins 17 femmes et fillettes ont été enlevées et violées par des combattants des divers groupes, dénonce HRW, décrivant des scènes atroces, comme le viol en bande d’une fillette de 12 ans arrachée à sa mère, dans un bâtiment abandonné de Gao, alors que la population à l’extérieur, tenue en respect par des armes de miliciens arabes, entendait les pleurs de l’enfant.

Oreille coupée

Le pillage des hôpitaux et des structures de soins, où les rebelles ont tout emporté – médicaments, ordinateurs, imprimantes, ambulances, matelas – laissant des malades gisant à même le sol, aurait causé la mort de plusieurs patients, racontent des membres du personnel soignant à Gao et à Tombouctou. Autre constante dans les témoignages recueillis par l’ONG: des enfants soldats, armés et âgés de seulement 13 ans pour certains, évoluent dans les rangs des groupes rebelles.

Décidés à faire respecter la charia au Mali, les islamistes d’Ansar Eddine sont quant à eux dénoncés par HRW pour l’exécution sommaire de deux hommes à Gao, pour avoir amputé la main d’un troisième, coupé l’oreille d’une femme vêtue d’une jupe jugée trop courte et fait flageller des hommes qui avaient consommé de l’alcool.

De même que le MNLA, le groupe islamiste a participé au saccage d’églises, provoquant l’exode des chrétiens de la région. Ils ont rejoint la cohorte des 177 000 Maliens partis vers les pays voisins, ou des quelque 107 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Reste que le Sud n’offre pas aux exilés du Nord toutes les garanties de stabilité qu’ils peuvent espérer: à Bamako, la durée du mandat du président par intérim est toujours contestée par le capitaine Sanogo, l’ex-chef de la junte à l’origine du putsch du 22 mars. Ce dernier refuse également l’envoi de soldats décidé par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest. Les discussions entre le militaire et les médiateurs doivent se poursuivre ce mardi.