Les insurgés libyens ont pris le contrôle de Bir al Ghanam, un verrou stratégique situé à 80 km au sud de Tripoli. Planifiant déjà l’après-Kadhafi, ils ont annoncé lundi l’intention de poursuivre en direction de la capitale.

Le premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi avait affirmé dimanche que les troupes du régime avaient repris le «contrôle total» de Bir Ghanam après avoir repoussé une attaque rebelle. Des affirmations contredites par des journalistes qui ont pu pénétrer dans la ville.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des rebelles contrôlaient les check-points dans la ville, survolée régulièrement par les avions de l’OTAN et où la situation était parfaitement calme, selon un correspondant de l’AFP.

Une percée après trois semaines d’attente

Et lundi matin, le seul signe de présence des kadhafistes était les armes qu’elles avaient abandonnées en s’enfuyant, a rapporté un de ses collègues de Reuters qui a vu dans le centre trois chars incendiés et une pièce d’artillerie abandonnée. Un char se trouvait près d’un cratère apparemment produit par un tir de l’aviation alliée.

Les combattants anti-kadhafistes campaient depuis fin juin aux abords de Bir al Ghanam sans pouvoir avancer. Ils ont déclaré lundi qu’ils étaient entrés dans la localité, samedi avec un appui aérien de l’OTAN.

Cette avancée constitue la principale percée des insurgés après des semaines de statu quo sur trois fronts. Cette bourgade du désert est le point le plus proche de Tripoli qu’aient atteint les rebelles.

Leur prochaine étape, ont-ils précisé, sera Zaouïah, ville côtière située à 50 km à l’ouest de la capitale et qui a connu depuis février deux soulèvements écrasés par les forces kadhafistes. «Notre objectif est de gagner Zaouïah. Quand nous l’aurons fait, c’en sera fini de Kadhafi», prédit Mourad Bada, qui fredonne à l’ombre d’un arbre une chanson évoquant Zaouïah.

Avancée difficile

Il est toutefois probable que le petit contingent rebelle venant du Sud rencontre une résistance beaucoup plus sérieuse en s’approchant de la capitale. Et ailleurs dans le pays, la progression des rebelles est freinée par les forces loyalistes.

Les insurgés défendaient ainsi leurs positions à Zliten, à 120 km à l’est de Tripoli face à une contre-offensive des forces loyalistes. Après quelques «accrochages limités» à l’aube, les combats marquaient une pause lundi.

Venus de l’enclave de Misrata, 50 km plus à l’est, les rebelles tentent depuis plus d’une semaine de s’emparer de cette ville de 200’000 habitants, verrou sur la route de Tripoli.

Dans le port de Misrata, des tirs de roquettes ont visé samedi soir sans faire de victime la zone d’al-Ghiran, près de l’aéroport, selon une source sécuritaire occidentale. Ces tirs ont suivi l’atterrissage un peu plus tôt dans la journée d’un avion C-17 qui a stationné une dizaine de minutes sur les pistes de l’aéroport et débarqué du matériel militaire, selon cette même source.

Plus à l’est, les rebelles ont affirmé qu’il restait «peu de soldats» sur la ligne de front de Brega. «Les tirs et bombardements en provenance des lignes ennemies ont considérablement baissé», a assuré un porte-parole militaire Mohamed Zawawi, y voyant le signe d’un retrait en cours des forces pro-Kadhafi.

Eviter un scenario «à l’Irakienne»

Dans ce contexte, le Conseil national de transition (CNT), l’organe politique de la rébellion, prépare déjà l’après-Kadhafi. Il compte en particulier sur les défections au sein de l’establishment, indique un rapport publié lundi par le quotidien britannique «Times».

Le CNT affirme que 800 dignitaires de l’actuel régime sont déjà acquis à sa cause et que 70% de ses hauts responsables s’engageront auprès du futur gouvernement pour former le noyau d’une nouvelle administration, rapporte le journal.

Pour les rebelles, la priorité est de maintenir la plupart des infrastructures existantes afin d’éviter un chaos comparable à celui qu’a connu l’Irak après la chute de Saddam Hussein, toujours selon le «Times».