Les Etats-Unis, l’Irlande et le Royaume-Uni ont demandé, lundi, une réunion d’urgence publique du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Tigré, ont fait savoir des sources diplomatiques. Il revient à la France, présidente en exercice du Conseil de sécurité en juillet, de fixer sa date et son heure précises. Depuis le déclenchement du conflit en novembre, les Occidentaux n’ont jamais réussi à tenir une session publique sur le Tigré, les Africains, la Chine, la Russie ainsi que d’autres membres du Conseil jugeant que la crise est une affaire interne à l’Ethiopie.

Les forces loyales aux anciennes autorités dissidentes du Tigré sont entrées lundi dans Mekele, capitale de cette région du nord de l’Ethiopie où le gouvernement a décrété un «cessez-le-feu» après près de huit mois de combat, marquant un tournant dans ce conflit. Le gouvernement fédéral n’a fait aucun commentaire, se contentant de décréter en début de soirée un «cessez-le-feu unilatéral», selon plusieurs médias d’Etat.

«Afin que les agriculteurs puissent cultiver paisiblement, que l’aide humanitaire puisse être distribuée en dehors de toute activité militaire, que les forces résiduelles du TPLF puissent reprendre le chemin de la paix […], un cessez-le-feu unilatéral et inconditionnel a été décrété à compter d’aujourd’hui, jusqu’à la fin de la saison des cultures», a annoncé le gouvernement.

Opération de «maintien de l’ordre»

Mekele avait été prise par l’armée fédérale le 28 novembre 2020, trois semaines après le lancement par le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed d’une offensive pour renverser les autorités locales dissidentes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Cette opération de «maintien de l’ordre» avait été décidée après que les forces pro-TPLF ont attaqué des bases militaires, avait justifié le prix Nobel de la paix 2019.

Malgré la victoire proclamée après la chute de Mekele, les combats n’ont jamais cessé entre les forces pro-TPLF, qui se font appeler Forces de défense du Tigré (TDF), et l’armée fédérale éthiopienne, épaulée par des troupes des autorités régionales voisines de l’Amhara et l’armée de l’Erythrée, pays frontalier du Tigré.

Pendant les élections

Les TDF ont lancé une offensive la semaine dernière, au moment où se tenait dans une grande partie du reste du pays des élections nationales très attendues dont les résultats n’ont pas encore été annoncés.

Lundi, ces forces «ont pris le contrôle de la ville, je les ai vus moi-même, ils sont entrés», a déclaré un membre de l’administration régionale intérimaire, mise en place par Addis Abeba après la destitution des autorités du TPLF. Un journaliste de l’AFP a confirmé que ces troupes étaient arrivées à bord de camions et de voitures.

Scènes de liesse

Leur entrée a déclenché des scènes de liesse, des soldats tirant en l’air en signe de célébration, des habitants sortant dans la rue en brandissant le drapeau tigréen, de couleur rouge frappé d’une étoile. «Tout le monde est excité, il y a de la musique dans les rues. Tout le monde a sorti ses drapeaux et la musique joue. Je ne sais pas comment ils les ont eus, mais tout le monde a un feu d’artifice», a détaillé un habitant, joint par l’AFP.

Face à l’avancée rebelle, les fonctionnaires de l’administration intérimaire régionale avaient quitté la ville durant la journée de lundi, selon le membre de l’administration. Des témoins ont rapporté que des soldats et des policiers fédéraux fuyaient également Mekele, certains pillant des banques et réquisitionnant des véhicules appartenant à des particuliers.

Equipements satellite démantelés

Un responsable de l’ONU a déclaré que les soldats avaient démantelé les équipements satellite de plusieurs agences de l’ONU à Mekele, tentant visiblement réduire au maximum les communications.

«Cet acte viole les privilèges et l’immunité de l’ONU ainsi que les règles du droit international humanitaire sur le respect des biens de l’aide humanitaire. Je condamne cette action dans les termes les plus forts», a déclaré la directrice exécutive de l’Unicef, Henrietta Fore, sur Twitter.

Exactions sur les civils

Le Tigré, région la plus septentrionale de l’Ethiopie et frontalière de l’Erythrée, est en proie depuis près de huit mois à un conflit destructeur. Annoncée comme brève, l’opération militaire lancée par Abiy Ahmed s’est transformée en conflit de longue durée, marqué par de nombreux récits d’exactions sur les civils (massacres, viols, déplacements de population…) qui ont suscité l’indignation de la communauté internationale.

Les près de huit mois de combats ont placé au moins 350 000 personnes en situation de famine dans la région, selon l’ONU, ce que conteste Addis Abeba.