Moaz al-Khatib jette l’éponge. Ses frustrations face à la passivité de la communauté internationale ont eu raison de sa ténacité, a-t-il déclaré à la clôture de la réunion des Amis de la Syrie, qui se tenait samedi soir à Istanbul. Il est remplacé à la tête de la Coalition nationale syrienne par Georges Sabra, nommé lundi par intérim jusqu’à l’élection, le mois prochain, d’un nouveau chef.

L’opposition syrienne espérait que ses alliés se décident enfin à donner des armes à la rébellion, mais cette réunion a accouché d’une souris: les Etats présents augmenteront leur aide financière, les Etats-Unis la doubleront, mais ils refusent d’armer la rébellion. L’Europe a toutefois fait une concession à l’opposition: elle a décidé hier de lever l’embargo sur les produits pétroliers qui frappe la Syrie depuis 2011, afin de donner la possibilité aux insurgés d’exporter le pétrole des zones de production qu’ils contrôlent dans l’est du pays.

Avec environ 400 000 barils par jour au début de 2011, la Syrie se situait au 30e rang mondial des pays producteurs. Mais, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production se serait écroulée et, au mois de mars, elle n’atteignait plus que 130 000 barils par jour. Pour priver le régime syrien de ses ressources, l’Union européenne décrétait, en automne 2011, un embargo sur les exportations de brut et sur les importations de matériel destiné à l’entretien des puits et des raffineries. Une année plus tard, en 2012, les exportations sont quasi nulles et certains champs pétroliers sont passés aux mains des rebelles. Le Front djihadiste Al-Nosra contrôle dans la région de Deir ez-Zor les puits de Mayadine, qui étaient exploités par les compagnies Total et Shell, avant que la guerre ne les contraigne à quitter le pays. Dans la région du nord-est, les combattants kurdes ont conquis des zones de production au nord de Hassaké. Le régime garde la mainmise sur le champ d’Al-Omar (au sud-est de Deir ez-Zor), l’un des plus importants du pays.

Avec des camions-citernes

La levée des sanctions ne concerne que les régions qui sont passées aux mains de l’insurrection, l’embargo reste en vigueur pour les zones loyales à Damas. Les ministres européens des Affaires étrangères ont déclaré qu’ils espéraient atténuer les souffrances économiques du peuple syrien. Toutefois, l’acheminement du brut hors de Syrie rencontrera des difficultés, explique Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, à Lyon: «Le seul pipeline du pays se trouve sous contrôle gouvernemental, il va de l’est syrien, où le gouvernement et les rebelles se partagent les champs de production, à Banyas, sur la côte méditerranéenne, fief du régime de Bachar el-Assad.

L’exportation ne peut donc se faire qu’avec des camions-citernes en direction de l’Irak. Ce qui pose un épineux problème de sécurité, puisqu’un convoi de camions-citernes constituerait une cible facile pour l’aviation du régime.» Les quantités exportables par la route sont infimes, en revanche une partie de la production, la meilleure qualité, pourrait être utilisée directement, y compris pour les engins militaires aux mains des rebelles mais, précise Fabrice Balanche, «si aujourd’hui cette levée des sanctions n’offre quasiment rien aux insurgés, cela pourrait prendre un sens différent à long terme lors de la reconstruction du pays».

Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, ne croit pas que la décision européenne puisse améliorer la situation des Syriens: «Un peu d’essence ne change rien au problème. Les deux camps s’étripent, les victimes tombent par centaines. Dans le seul village de Jdeidet al-Fadl, la semaine dernière, 101 personnes ont trouvé la mort. Sans un appui international, la rébellion n’arrivera pas à faire la différence.»

Les forces gouvernementales ont marqué des points au cours du week-end face aux insurgés. Elles ont même repris des positions stratégiques grâce au soutien du Hezbollah libanais, analyse Fabrice Balanche: «Les forces syriennes ont pour priorité Damas et sa banlieue, Alep dont elles ont réussi à desserrer l’étau et l’axe routier qui relie Damas à Lattaquié, la région loyale du littoral, via Homs. Qousseir, proche de la frontière libanaise, représente une verrue aux mains des rebelles dont Damas doit absolument se débarrasser pour contrôler l’accès à Homs.» La situation militaire semble bloquée, à moins que Georges Sabra, considéré comme intransigeant, ne réussisse là où son prédécesseur a échoué et obtienne des armes .