Quatre morts et quatre blessés à Elazig, dans le sud-est du pays, deux morts dans la province voisine de Bingol: les premières réactions violentes à la condamnation à mort d'Abdullah Öcalan n'ont pas attendu quarante-huit heures pour se manifester.

L'attentat d'Elazig visait un café fréquenté par des ultranationalistes turcs. Jeudi soir, des combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ouvrent le feu à l'arme automatique sur l'estaminet: quatre personnes sont tuées sur le coup tandis que cinq autres sont blessées. Immédiatement dépêchées sur les lieux, les forces de police abattent l'un des attaquants et traquent pendant plusieurs heures un second protagoniste – une femme – qui sera tuée plus tard durant la nuit.

«Il faut qu'ils se rendent, sinon ils finiront tous comme ça», indiquait à la presse le gouverneur d'Elazig, Lutfullah Bilgin, en désignant l'un des cadavres reposant à ses pieds. L'attentat pourrait vouloir démontrer la capacité du PKK à frapper des cibles civiles au beau milieu des zones urbaines de la région. Les impressionnants dispositifs de sécurité mis en place par l'armée turque ne semblent pas avoir fait reculer les rebelles.

Plus classiquement, dans la province voisine de Bingol, le PKK a poursuivi ses coups de main, tuant deux militaires dans l'embuscade d'un convoi. Ce type d'opérations de guérilla est en fait quasi quotidien dans le sud-est anatolien. Des coups de main qui n'ont certes pas l'ampleur de véritables opérations mais qui peuvent toujours se révéler meurtriers. «Les groupes d'attaque du PKK sont aujourd'hui composés de quelques individus à peine. C'est un avantage pour eux: ils sont plus difficilement repérables. Mais c'est également un inconvénient: ils ne peuvent monter d'opérations importantes», confiait il y a quelques mois au Temps un général turc. N'empêche, opérations de guérilla et de contre-guérilla sont monnaie courante. Et meurtrières. Si l'on s'en tient aux seuls chiffres officiels diffusés par le gouvernorat des provinces sous état d'urgence, environ 120 personnes ont été tuées durant le mois de juin dans des affrontements. La grande majorité des victimes serait des combattants du PKK.

Plus inquiétantes sont les actions du PKK ou de groupes kurdes clandestins plus ou moins affiliés aux rebelles d'Öcalan et qui visent des cibles civiles dans les grandes villes. Après l'arrestation du chef kurde le 15 février dernier, plus de 300 attaques avaient été ainsi perpétrées dans le pays. La plus meurtrière avait coûté la vie à 12 personnes lors de l'attaque à la bombe incendiaire d'un magasin d'Istanbul. Selon la chaîne de télévision NTV, une semblable attaque contre un café d'Istanbul dans la soirée de jeudi aurait fait trois blessés légers. Mercredi soir, la police d'Istanbul arrêtait une dizaine de personnes suspectées de préparer une campagne d'attentats dans la capitale économique du pays. ,