Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Une explosion à Alep. Les combats qui s’y déroulent ces jours sont d’une férocité extrême.
© Anadolu Agency

Syrie

Les rebelles perdent du terrain autour d’Alep

L’offensive des insurgés visant à briser le siège de la ville se heurte à la détermination de la Russie. Moscou s’en tient à son idée de «couloirs humanitaires»

Le front se rétrécit. D’abord déployés sur une bonne vingtaine de kilomètres, les milliers de combattants qui sont partis à l’assaut de forces loyales à Bachar el-Assad n’ont eu d’autre choix que de se regrouper. Le début de la fin de cette offensive rebelle qui vise à «libérer» les quartiers de l’est d’Alep, soumis à un siège de l’armée? Les combats, qui se déroulent maintenant maison par maison, sont d’une férocité extrême. Mais rien n’indique qu’ils suffiront à changer la situation sur le terrain.

L’aviation russe, un important soutien

Les réseaux sociaux sont submergés d’images tournées par les insurgés, qui se veulent triomphales. Ici, un blindé léger de l’armée, qui avait été… hissé avec une grue au troisième étage d’un immeuble en ruine et qui est détruit par une roquette des rebelles. Là, une voiture supposément occupée par des miliciens du Hezbollah libanais (allié au pouvoir de Damas) prise pour cible sur la route de Ramoussah, qui délimite la ligne de front. Là encore, une petite escouade de djihadistes se donnant du courage avant les combats en psalmodiant des chants religieux. Ailleurs: des combattants passant dans un tunnel prétendument creusé sous les lignes ennemies…

Lire également notre éditorial: Alep peut mourir

En réalité, ces images sont si abondantes que la rumeur a vite couru au sein des rangs des assaillants: l’armée russe aurait monté une équipe spécialement chargée de scruter les réseaux sociaux afin de mieux cibler ses ripostes. Contacté par Twitter, celui qui se présente comme un «activiste» et se fait appeler Ahlan ne révélera donc rien sur lui. Mais il décrit la tactique à l’œuvre, à laquelle il assiste aux premières loges: «Le régime [de Bachar el-Assad] compte fortement sur l’aviation russe. A chaque bombardement, les rebelles sont obligés de reculer pour ne pas subir de pertes, ce qui permet aux soldats du régime d’avancer. Ensuite, des combats éclatent, mais les positions sont difficiles à reprendre. Le front est très mouvant.»

Trois couloirs humanitaires supplémentaires

Après avoir nié sa participation aux combats, la Russie a fini par confirmer qu’elle opérait des «raids sélectifs sur les positions des terroristes». Mais Sergueï Riabkov, le «numéro 2» de la diplomatie russe, complétait mercredi ces déclarations par cette profession de foi: «A Alep, nous n’avons d’autre objectif que de soulager la souffrance des populations civiles.» Alors que Moscou avait annoncé l’établissement de quatre «couloirs humanitaires» pour permettre à la population et aux combattants repentis de fuir Alep-Est, les militaires russes auraient décidé d’en créer trois supplémentaires, affirmait le même responsable, cité par l’agence russe Tass.

Aussi bien Washington que les Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont écarté l’idée de laisser aux agresseurs le loisir de définir eux-mêmes les modalités de ces couloirs humanitaires, aussitôt qualifiés par les rebelles de «couloirs de la mort». Les médias russes ont montré ce qu’ils présentaient comme des insurgés d’Alep choisissant de se rendre via l’un de ces couloirs. Mais ces images (retraite ordonnée de rebelles encagoulés, tenant à la main des fusils-mitrailleurs que personne ne leur retirait…) sentaient fort la mise en scène grossière.

Embarras de Washington

Menée principalement par les adeptes d’Al-Qaida en Syrie (anciennement le Front Al-Nosra, rebaptisé Fateh al-Sham la semaine dernière), la tentative de contre-offensive à Alep réunit aussi une vingtaine d’autres groupes, y compris issus des rangs de l’Armée syrienne libre, supposément soutenue par les Occidentaux.

«Washington est un peu embarrassé par cette bataille, note Fabrice Balanche, chercheur invité au Washington Institute for Near East Policy. On ne présente pas cela comme une libération de la ville, car ce sont Al-Nosra et ses alliés qui sont à la manœuvre. Mais cela équivaut à dire que les Etats-Unis sont prêts à laisser les civils prisonniers dans les quartiers d’Alep tenus par les rebelles.»

Rapprochement russo-américain compromis

Face à cette gêne américaine, la Russie avance ses pions. Retour à Sergueï Riabkov, l’adjoint du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov: «Les Etats-Unis semblent avoir décidé de ne pas nous soutenir [dans la lutte contre Al-Nosra et dans l’établissement de couloirs humanitaires à Alep]. Il faut se rendre à l’évidence: le «parti de la guerre» contre Bachar el-Assad existe non seulement au Proche-Orient, mais aussi à Washington.»

Ce retournement de perspective augure mal un rapprochement russo-américain autre que celui qui consisterait à laisser aller au casse-pipe les quelque 5000 rebelles qui attaquent le sud-ouest d’Alep. «Ils ne disposent pas de missiles antiaériens ni de missiles antichars en nombre suffisant pour lutter contre l’aviation russe et les blindés», affirme Fabrice Balanche. Le chercheur insiste: «L’armée syrienne et ses alliés disposent de troupes au sol suffisantes pour repousser l’offensive. Ils étaient préparés à une attaque. Si les rebelles ont pu bénéficier au départ d’un léger effet de surprise grâce à leurs kamikazes, désormais, c’est terminé.»


Sur le même sujet

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a