Comme son prédécesseur, le maréchal Mobutu à ses dernières heures, le président de la République démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila, semblait jeudi cerné de toutes parts par la rébellion banyamulenge (Congolais tutsis d'origine rwandaise). Dans l'est de l'ex-Zaïre, dans la riche province du Kivu, les rebelles, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda, tenaient solidement les villes de Goma, Bukavu et Uvira, côtières des Grands Lacs.

Les agences humanitaires présentes à Uvira, sur la frontière du Burundi, ont affirmé à l'AFP que les combats avaient cessé jeudi matin, après deux jours d'affrontements à l'artillerie lourde entre les troupes gouvernementales et les rebelles d'Arthur Zahidi Ngoma, élu chef du soulèvement il y a deux jours. Les rebelles auraient déjà avancé profondément en territoire congolais vers l'ouest: des combats sont signalés autour de Kisangani, qui a fermé son aéroport, et Kindu, plus au sud.

Mais la surprise vient du sud-ouest, à l'autre bout du pays, où des incidents sont rapportés dans le delta du fleuve Congo, qui est le seul débouché du pays sur l'océan Atlantique. Mardi, le gouvernement annonçait qu'un bataillon de 400 rebelles avait détourné un Boeing 707 posé sur l'aéroport de Kisangani vers le sud-ouest. Jeudi, l'AFP rapportait des informations contradictoires selon lesquelles les villes de Moanda et de Banana, d'importants centres pétroliers, seraient tombées aux mains de la rébellion. Une source diplomatique à Kinshasa, citant une compagnie pétrolière basée sur place, affirme que les deux villes se sont soulevées. Une autre source, proche de la présidence, a démenti ces informations. Des combats opposent pourtant depuis mardi les troupes gouvernementales et «des soldats rwandais», selon Kinshasa, autour de la base militaire de Kitona, proche des deux villes où les compagnies américaine Chevron et congolo-italienne SOCIR exploitent des gisements de pétrole et une raffinerie. Kinshasa a également dépêché une colonne de blindés vers Matadi, la capitale régionale.

Pendant ce temps, l'épuration antitutsie continue à Kinshasa, après le renvoi chez eux de tous les soldats et cadres rwandais ayant participé à la mise en place de Kabila au pouvoir. Des arrestations massives de Tutsis sont signalées et plusieurs dizaines de milliers de «Kinois» ont manifesté contre «l'agression par le Rwanda». Ces manifestants réclamaient également la tête de Bizima Karaha, ex-ministre des Affaires étrangères tutsi d'origine rwandaise, qui a rejoint la rébellion mardi. Selon un site Internet proche du gouvernement de Kigali, Deogratias Bugera, secrétaire général de l'AFDL, le parti de Kabila au pouvoir, s'est également enfui au Kivu.

Enfin, c'est demain samedi que devrait se tenir aux chutes Victoria, au Zimbabwe, une réunion d'urgence entre sept chefs d'Etat de la région, à l'initiative du président ougandais, Yoweri Museveni. Mais si la présence de Kabila est annoncée par les organisateurs, l'Afrique du Sud, superpuissance régionale, n'a annoncé aucun émissaire. Une absence qui hypothéquerait lourdement les chances d'une solution régionale.