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Ammon Bundy lors d’une conférence au Malheur National Wildlife Refuge près de Burns dans l’Oregon 
© Rick Bowmer

États-Unis

La rébellion nostalgique des cow-boys de l’Ouest américain

Ammon Bundy, 40 ans, est le chef de file d’un mouvement qui proteste contre l’emprise de l’Etat fédéral sur les terres du Grand ouest américain que les cow-boys utilisent pour la pâture. Dans la famille Bundy, la sédition est un acte de liberté et de bravoure

Chapeau de cow-boy, chemise à carreaux bleu foncé, barbe bien taillée. Ammon Bundy, 40 ans, n’est ni Donald Trump, ni Sarah Palin ou Michele Bachmann, les anciennes égéries du Tea Party. Mais il partage un trait commun avec eux: il exècre le gouvernement fédéral.

Le mouvement qu’il a créé avec son frère Ryan et d’autres contestataires, baptisé «Citoyens pour la liberté constitutionnelle», équivaut à la version Far West du Tea Party. Armé, comme des dizaines d’autres rebelles «patriotes», il juge impératif de résister à la «tyrannie» de Washington. C’est animé par cet état d’esprit qu’il a décidé, avec son groupe de hors-la-loi, d’occuper symboliquement un refuge pour oiseaux du parc naturel Malheur à Burns dans l’Oregon. Un site qui appartient à l’Etat fédéral. Dans une vidéo postée sur sa page Facebook, il explique pourquoi il se mobilise en faveur de Dwight Hammond et de son fils Steven, des cow-boys condamnés à des peines de prison sans doute excessives pour avoir incendié des terres fédérales. Une nuit, Ammon Bundy a étudié le cas des Hammond et s’est soudain senti investi d’une mission divine: il ne pouvait accepter sans réagir les «abus» du Département fédéral de la justice commis contre ces petits éleveurs de l’Oregon. «Ce qui est arrivé aux Hammond peut arriver à nous tous», prévient-il. Il est temps de reprendre de l’Etat fédéral les terres et les ressources qui appartiennent à l’Etat d’Oregon et plus largement aux citoyens américains.

Confuses intentions

Ce père de six enfants, patron d’une entreprise spécialisée dans la réparation et l’entretien de camions en Arizona, est républicain. La voix posée, il bouillonne pourtant intérieurement. C’est par la résistance armée telle que mentionnée dans le second amendement autorisant le port d’une arme à feu pour se défendre contre un éventuel gouvernement tyrannique qu’il veut se faire entendre. Si son message et ses réelles intentions restent confus, il a déclaré un jour être disposé à poursuivre le combat le temps qu’il faudra et quoi qu’il en coûte. De son côté, le FBI est resté prudent, gardant en mémoire des actes de rébellion contre les autorités fédérales qui, en 1992 à Ruby Ridge dans l’Idaho et en 1993 à Waco au Texas, s’étaient terminés dans un bain de sang.

Lire aussi: En Oregon, un refuge pour oiseaux est pris d'assaut par des miliciens armés. Et tout le pays hurle

Sur le site Infowars qui promeut différentes théories du complot, Ammon Bundy écrivait le message suivant en novembre 2014: «Quand un petit groupe de personnes élitistes utilise le pouvoir des gens sans autorisation et est prêt à détruire la vie de ceux qui lui résistent, quand ce type de pouvoir sans borne est exercé sans contrepoids, le peuple est en danger.» Sur Facebook, le 30 décembre dernier, il ne cachait pas sa colère, dénonçant le fait que différentes agences fédérales, «ces conquérants des temps modernes», ont également pris le contrôle des secteurs immobilier, bancaire, automobile, industriel et financier. «[…] Il est temps de renverser la tendance avant que le peuple ne soit trop faible pour résister.»

Sa bible, hormis le Livre des mormons, c’est la Constitution qu’il interprète à sa façon. Même si c’est la première fois qu’il se rendait en Oregon, il s’est longuement entretenu avec les Hammond père et fils. Par l’entremise de leur avocat, ces derniers ont toutefois pris leur distance avec les miliciens armés réunis derrière Ammon Bundy. Ce dernier ne s’en offusque pas, considérant que les Hammond ont pris peur en raison des intimidations des «fédéraux». Ses propres contradictions ne paraissent d’ailleurs pas l’embarrasser. A l’image de membres du Tea Party qui scandent le slogan «Que le gouvernement ne touche pas à mon Medicare (une assurance maladie pourtant fédérale)», il n’a lui-même pas trouvé à redire quand il a obtenu, en avril 2015, un prêt de 530 000 dollars de la part d’une agence fédérale.

Ammon Bundy a de qui tenir. Son père, Cliven, 69 ans, issu d’une famille mormone qui avait installé son ranch au cœur des contrées arides d’Arizona en 1916, est une icône de la sédition. En 2014, refusant de payer un million de dollars d’arriérés d’impôts pour avoir utilisé des terres fédérales du Nevada depuis 1993 pour faire paître son bétail, il a appelé d’autres «ranchers» et (éleveurs) et miliciens armés à la rescousse. Agissant sur ordre de la justice, des policiers étaient venus confisquer 500 têtes de bétail. Mais pour éviter tout dérapage, ils ont cédé aux menaces du camp Bundy qui célébra ce retrait comme une première victoire contre la «tyrannie» de Washington. Cliven Bundy devint soudain la star de la chaîne de télévision conservatrice Fox News et de républicains affiliés au Tea Party comme Ted Cruz ou Rand Paul, deux candidats à la présidence des Etats-Unis. Le patriarche mormon, père de 14 enfants, perdit toutefois de son aura quand il déclara un jour que les Afro-Américains seraient mieux lotis s’ils continuaient à travailler comme esclaves pour récolter le coton plutôt que de toucher des subventions de l’Etat.

Les Indiens pas d’accord

En Oregon, Ammon Bundy, toujours guidé par le Seigneur, espérait sans doute rééditer l’acte de bravoure de son père. L’Eglise mormone du coin s’est toutefois empressée de prendre ses distances avec les «Citoyens pour la liberté constitutionnelle». Une majorité des habitants de la municipalité de Burns ont manifesté leur refus de voir ces intrus venir défendre leur cause. Des membres de la tribu indienne Burns Paiute ont également voulu rétablir les faits historiques. Si ces terres devaient revenir à quelqu’un, ont-ils protesté, c’était avant tout à eux. Face à ce qui ressemble à un fiasco, Ammon Bundy serait désormais prêt à lever le camp.

Quant au combat d’Ammon Bundy contre l’Etat fédéral, il repose sur une vision mythique du passé, celle de cow-boys qui revendiquent une liberté absolue. Or à la fin du XIXe siècle, les terres du Grand Ouest américain appartenaient à des sociétés privées qui en détenaient le quasi-monopole. Plus tard, quand l’Etat fédéral prendra le contrôle de 47% de ces terres pour des raisons tant historiques que géographiques, les éleveurs en bénéficieront directement, touchant d’importantes subventions étatiques. Ils pourront faire paître leur bétail sur des terres à un coût bien inférieur à ce qu’ils payeraient à des propriétaires privés. Le Congrès a un instant songé à transférer ces terres de Washington aux Etats eux-mêmes. Mais pour ces derniers, la charge serait trop lourde.

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