Sa notoriété n'a pas encore dépassé les limites de Dijon, la capitale de la Bourgogne, dont il est devenu le maire en 2002. Les Français ne le connaissent pas, et son nom difficile à retenir ne facilite pas la tâche. François Rebsamen, 53 ans, est pourtant l'un des hommes-clés du Parti socialiste. Directeur de campagne pour le oui au référendum sur la Constitution européenne, il joue un rôle essentiel aux côtés de François Hollande dans ces semaines délicates qui voient monter la cote du non. On pourrait presque dire, si la place n'était occupée sur le papier par Laurent Fabius – farouche partisan du non –, qu'il est le véritable «numéro 2» du PS.

Ses amis le qualifient de «grand organisateur». Ses adversaires politiques le jugent «malin.» L'homme est courtois, élégant dans l'allure et dans le verbe. Pour devenir maire de Dijon, il s'y est repris à trois fois. Deux échecs pour un succès. En connaisseur, François Mitterrand le lui avait prédit: la troisième fois serait la bonne. Mais, perfide, l'ancien président avait ajouté: «Si vous êtes encore là.» Et François Rebsamen s'est accroché pendant quinze ans…

A l'origine, «Rebs», comme on l'appelle au PS, est un technocrate. Diplômé de droit, de sciences économiques et politiques, il a pourtant refusé de tenter le concours d'entrée à l'Ecole nationale d'administration, l'ENA: «A l'époque, explique-t-il en souriant, je voulais mettre fin au tri des élites. Je voulais tout changer…» A l'époque, il était plutôt trotskiste, sans doute déjà franc-maçon et, ajoutent certains socialistes, «un peu fêtard.»

Quand la gauche arrive au pouvoir en 1981, François Rebsamen rencontre Pierre Joxe au Conseil régional de Bourgogne et devient son directeur de cabinet. Il le suivra lorsque Joxe sera, par deux fois, ministre de l'Intérieur. De son patron d'alors, il raconte l'anecdote suivante: «Tous les mois, au ministère, il signait un chèque pour payer les frais de nourriture de sa famille.» Rebs a retenu la leçon de vertu politique.

A Dijon (164 000 habitants), François Rebsamen est heureux. L'onction du suffrage universel l'a métamorphosé: «Plus rien ni personne ne m'empêchera de dire ce que j'ai à dire.» Sous la neige d'un jour de février, il visite le chantier du Zénith qui ouvrira en septembre. Dresse la liste de ses projets: une piscine, une bibliothèque, un gymnase, des logements, des crèches, un stade. Fait les honneurs des quartiers de sa ville, y compris celui turbulent des Grésilles: «Ici, ça brûle à peu près tous les soirs.»

A la maison municipale, où des dames élégantes viennent le saluer avant de rejoindre un thé dansant, on peut consulter le programme en 3D sur ordinateur: détruire des tours, reconstruire des immeubles, ajouter des espaces verts, attirer des emplois. Alors, à Dijon, l'opposant socialiste marche main dans la main avec le gouvernement: le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, lui a promis 200 millions d'euros. Ça ne se refuse pas, et la cause est bonne.

Le téléphone sonne, le numéro de portable de François Hollande s'affiche. Le patron du PS attendra. Pas trop quand même. Car il n'y a pas qu'aux Grésilles que ça brûle. Responsable des fédérations, c'est François Rebsamen qui a convaincu les militants socialistes de se prononcer majoritairement pour le oui à la Constitution européenne. Depuis, ça tiraille dans tous les sens. Et le 18 mars, pour la première fois, un sondage a donné le non majoritaire. François Rebsamen ne s'est pas trop ému: «Il vaut mieux que ça nous arrive aujourd'hui que dans un mois. Ça va donner un coup de fouet salutaire à ceux qui pensaient que ça ne serait qu'un long chemin tranquille.» Pas besoin de le forcer pour qu'il dise que, oui, «si le référendum est gagné, une bonne part du succès en reviendra à François Hollande.»

Pour «Rebs», il n'y a pas photo: le candidat des socialistes pour l'élection présidentielle de 2007, c'est Hollande, qu'il décrit comme «un type normal, pas un pervers ni un retors. Un jour, sa sincérité transparaîtra. Les Français le verront en présidentiable le jour où il sera candidat. Leur regard changera à ce moment-là.» Les Français devront aussi, alors, apprendre à prononcer son nom. Car François Rebsamen, ce jour-là, ne sera sûrement pas loin de François Hollande.