Recep Tayyip Erdogan mise sur des élections anticipées

Asie Mineure Législatives le 1er novembre

Ce n’est pas encore officiel, mais déjà acquis, sinon irréversible. La Turquie va vers des élections législatives anticipées. «Si Dieu le veut, la Turquie va revoter pour de nouvelles élections législatives le 1er novembre», a déclaré le président, Recep Tayyip Erdogan, à sa sortie d’une mosquée d’Istanbul, vendredi en milieu de journée. Après l’impossibilité du premier ministre, Ahmet Davutoglu, à former un gouvernement de coalition dans les délais impartis par la Constitution, la commission électorale a proposé d’organiser un nouveau scrutin début novembre.

Les négociations de l’été entre les trois principaux partis n’ont donc servi à rien, tant le Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan ne voulait pas d’un pouvoir partagé. Recep Tayyip Erdogan gouverne comme si la Turquie était un régime présidentiel, et non pas une République parlementaire. Faute de pouvoir changer la Constitution, le président pouvait compter sur la complaisance d’un gouvernement monocolore issu de son parti. Ce serait en revanche impossible avec une coalition: il aurait été relégué à la fonction prévue par la Constitution.

Dix-huit sièges, c’est ce qui a manqué à l’AKP lors des législatives du 7 juin dernier pour avoir une majorité absolue et la possibilité de gouverner seul. Entre 2011 et 2015, l’AKP a perdu 69 sièges, principalement au profit du Parti démocratique des peuples (HDP), la formation pro-kurdes, qui a obtenu 13% des suffrages (80 sièges). S’il a décidé de convoquer les électeurs une nouvelle fois en si peu de temps, c’est que Recep Tayyip Erdogan espère faire mieux qu’en juin. Ce qui a changé, c’est la guerre qu’il a déclarée aux terroristes. Espère-t-il tirer profit du climat de violence pour affaiblir les Kurdes du HDP et susciter un sursaut nationaliste en sa faveur? Le pari n’est pas gagné.

Du côté kurde, la situation a beaucoup évolué en quelques mois. Le président n’apparaît plus comme le promoteur des négociations avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Au contraire, les Kurdes reprochent au président les promesses non tenues et surtout sa responsabilité dans l’abandon du processus de paix. Il est loin le temps où l’AKP faisait le plein de voix des Kurdes en misant sur le conservatisme religieux de ces derniers, car, explique l’historien Ozcan Yilmaz, chargé d’enseignement à l’Université de Genève, «les Kurdes ont compris au moment du siège de Kobané en Syrie de quel côté le gouvernement penchait, lorsque ce dernier a refusé d’aider les Kurdes assiégés par les djihadistes. Ils soutiennent désormais le HDP.»

La guerre jusqu’au bout

Depuis le début de l’opération antiterroriste dans l’est de l’Anatolie, les forces spéciales ont mené des centaines de raids. Le chaos règne, les arrestations se multiplient, parfois arbitraires. Les entraves aux libertés publiques font ressurgir le spectre des années 1990. Dans certains districts, c’est la guerre. «Pour l’instant, les sondages montrent que les Kurdes continuent à soutenir le HDP. Mais si le conflit devait continuer longtemps, avec tout ce que cela signifie de difficultés au quotidien pour les populations civiles, le vent pourrait tourner», analyse Ozcan Yilmaz.

L’AKP lorgne aussi sur les électeurs des deux principaux partis d’opposition, et surtout sur les nationalistes du Parti d’action nationaliste (MHP). Recep Tayyip Erdogan invoque l’urgence de la lutte contre les terroristes pour apparaître en sauveur de la nation. Il prétend continuer la guerre contre le PKK «jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucun terroriste». Mais il lui est difficile d’appeler à l’unité nationale derrière lui, après avoir refusé un gouvernement de coalition. En outre, sa situation se complique alors que la liste des victimes parmi les forces de sécurité s’allonge (plus de 50), explique Ozcan Yilmaz: «Les politiciens du MHP accusent Recep Tayyip Erdogan d’avoir renforcé le PKK en négociant avec lui.»