Cela fait longtemps qu’il n’y a plus de poulets dans Chicken Street à Kaboul, mais plutôt des bijoutiers, des antiquaires, des marchands de tapis ou de pierres précieuses. Depuis la fuite des militaires américains, en août dernier, et avec eux des troupes occidentales et de la plupart des expatriés, les boutiques sont délaissées. Celle de Mahmat Nebi serait bien grise sans le bloc de lapis-lazuli poli qui trône en majesté dans sa vitrine. Pierre emblématique du pays, le lapis a la couleur des burqas lorsqu’elle est de mauvaise qualité, un bleu laiteux veiné de quartz; les connaisseurs lui préfèrent une pierre d’un bleu sombre, intense, comme les lacs suspendus de Band-e-Amir, dans la province de Bamyan. Les joailliers du monde entier s’arrachent cette variété, la plus pure, parfois mouchetée d’éclats dorés de pyrite, l’or des fous. Elle provient du filon n°4 de Sar-e-Sang, l’une des plus vieilles mines au monde encore en activité, située au Badakhshan dans le nord de l’Afghanistan, et la seule à offrir une telle qualité.