Le Temps: Comment vont s’organiser les opérations de secours dans les heures et les jours qui viennent?

Elisabeth Byrs: La priorité absolue reste la recherche de survivants. On sait que l’on peut retrouver des gens dans les décombres longtemps après un désastre, pour peu qu’ils puissent respirer et avoir accès à un peu d’eau. Simultanément, il faut soigner les blessés: de nombreux hôpitaux de campagne sont arrivés, mais tous ne sont pas déployés car leur installation prend du temps. Actuellement, nous manquons de personnel médical et de médicaments. Nous envisageons de mettre sur pied, aussi vite que possible, un hôpital dans le stade de Port-au-Prince, situé dans le centre-ville. L’évacuation des corps des victimes est aussi une priorité, car les morgues sont saturée et des cadavres gisent dans les rues. Différentes possibilités ont été évoquées: dans le pire des cas, la création de fosses communes. La crémation est aussi envisagée, mais pose le problème de l’identification des corps. Les familles les plus aisées peuvent obtenir des cercueils pour enterrer leurs morts. Au cours des prochains jours, tout le dispositif logistique va monter en puissance. Un pont aérien a déjà été mis en place par les Américains entre Port-au-Prince et l’aéroport de Saint-Domingue pour acheminer l’aide.

– L’un des défis consiste à assurer une coordination efficace de l’assistance. Où en est-on?

– La coordination est opérationnelle. Nous avons tiré les leçons du Tsunami et nous voulons éviter aussi bien les doublons que les lacunes. Chaque agence est ainsi responsable d’un secteur déterminé: l’OMS s’occupe par exemple des questions de santé, alors que le Programme alimentaire mondial supervise la logistique. Toutes les agences sur place, auxquelles se joindra bientôt le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), sont réunies dans un centre d’opération général situé dans le quartier de l’aéroport. Les forces américaines s’y trouvent également.

– Des pillages ont eu lieu, la population est à bout, quels sont les risques d’assister à des explosions de violence?

– La situation est tendue car les gens souffrent, il est donc essentiel de ne pas acheminer l’aide de manière anarchique. En plus de déblayer les routes, les casques bleus font la police et s’efforcent de sécuriser les points de distribution. De nouveaux contingents arriveront dans les jours qui viennent si cela s’avère nécessaire.