Pour l’Union européenne, l’échec est patent. «Faute de moyens et de personnel, les lacunes de l’UE en matière de police justice compromettent le succès des politiques suivies en Afghanistan», note un récent rapport de l’Institut de sécurité européenne. Les débats de La Haye n’ont fait que le confirmer, mettant l’accent sur la formation de la police afghane, pour laquelle plusieurs pays européens, dont la France, devraient bientôt déployer 300 instructeurs supplémentaires.

Le problème est que cet effort demeure dérisoire face à l’enjeu, et aux pressions des Etats-Unis – qui forment les policiers de proximité, alors que l’UE investit davantage au niveau des cadres et de la police judiciaire – désireux de voir l’Otan coiffer aussi la police, sur le modèle de l’ANA (l’armée nationale afghane). Le Japon, sur demande de Washington, a fait le geste le plus conséquent en payant le salaire de 80 000 policiers afghans pendant six mois.

Plus compliqué encore est le lien entre la réforme de la police, discréditée par sa corruption rampante et son infiltration par les islamistes, et la politique de réconciliation soutenue officiellement à La Haye par Hillary Clinton. La secrétaire d’Etat américaine a souhaité une main tendue envers «les insurgés ayant renoncé à la violence», donnant ainsi raison au président Karzaï. Sauf que sans garanties dignes de ce nom de la part des puissants services de renseignements (le DNS) et de la police, rien n’est possible: «Tant que l’Etat ne sera pas solide et n’offrira pas les services de base, ses offres ne seront pas prises au sérieux» risquent, à Kaboul, des vétérans du Comité international de la Croix Rouge, dont la neutralité est reconnue par toutes les factions combattantes.

Un autre écueil est le déploiement prochain des milices gouvernementales, tout une manière de créer des emplois dans les villages. Mais beaucoup redoutent que cela attise la criminalité, et rapproche les populations des Talibans, partisans d’une stricte justice islamique «comprise par tous».