«Who is driving the bus in Haiti?» (Qui conduit l’autobus à Haïti?), a demandé un journaliste canadien au premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a eu un large sourire. Sa voisine, Hillary Clinton, est restée de marbre. Dès son arrivée dimanche soir à Ottawa, Jean-Max Bellerive avait mis en garde le premier ministre canadien, Stephen Harper: «Les premiers responsables de ce qui doit se faire en Haïti aujourd’hui et demain, ce sont les Haïtiens.»

A l’instar de la dizaine de ministres des Affaires étrangères présents, Hillary Clinton a réaffirmé la pleine souveraineté du gouvernement haïtien. Bernard Kouchner a ajouté: «Ce n’est pas pour les (Haïtiens) occuper, ce n’est pour les diriger, mais c’est pour leur donner avec nous et sous leur direction, suffisamment d’espoir et de transformation et de réalisation et peut-être de gouvernance avec eux, pour eux.»

Sur le papier, la souveraineté d’Haïti sera respectée. Jean-Max Bellerive a toutefois évoqué des «compromis qui ont été faits», avant de se rétracter. Le premier ministre canadien Stephen Harper a posé l’ampleur de la tâche: «Je n’exagère pas en disant que dix années de dur travail nous attendent en Haïti.» Auparavant, Jean-Max Bellerive avait estimé à quatre ou cinq ans le temps pour retourner à la situation d’avant le séisme: «La période d’urgence va continuer pendant longtemps. […] 400 000 familles sont dans les rues. Je dois dire à ces familles quel va être leur demain. Le demain n’est pas encore clair pour nous.»

Le défi de la coordination

Les pays participants n’ont pas pris d’engagements financiers chiffrés, un geste jugé prématuré avant la prochaine conférence sur la reconstruction qui se tiendra en mars aux Nations unies. Si l’annulation de la dette d’Haïti a été demandée par les ONG présentes, les ministres ont refusé de s’engager. Les pistes pour la reconstruction demeurent floues. Hillary Clinton a rappelé que «la coordination de l’aide en Haïti est depuis longtemps un défi. C’était déjà le cas avant le séisme.»

Afin de ne pas répéter les erreurs du passé, Jean-Max Bellerive a évoqué la nécessité de reconstruire Haïti différemment. Il a déploré la faiblesse des institutions de son pays, mais aussi la centralisation excessive de l’économie à Port-au-Prince qui a conduit, en quelques secondes, à rayer «60% du PIB» de la nation. Le premier ministre souhaite réussir un autre défi, celui d’attirer les investisseurs étrangers. A propos de la mobilisation internationale, il a conclu: «Je veux espérer que ce ne sera pas un feu follet.»