Ce 15 avril 2019, alors qu’elle était en pleins travaux de restauration, la célèbre cathédrale gothique, vieille de plus de 850 ans et véritable symbole de la France, avait perdu sa magnifique flèche, sa toiture, son horloge et une partie de sa voûte, ravagées par les flammes, sous le regard incrédule et catastrophé de milliers de passants.

Dans la nuit de l’incendie, l’émotion avait gagné des millions de personnes à travers le monde, choquées par l’impressionnant spectacle de l’incendie contre lequel luttaient avec acharnement les pompiers.

La cathédrale est une attraction incontournable pour les dizaines de millions de touristes qui visitaient Paris chaque année avant la crise du Covid-19. Un intérêt mondial également lié à la renommée de Victor Hugo et de son roman Notre-Dame de Paris.

«Il y a eu un effet 11 septembre. Le fait de voir l’incendie en direct, en continu sur les chaînes du monde entier. Du Brésil à l’Asie, l’effondrement de la flèche a été pour la jeune génération ce que l’effondrement des tours de New York a été pour leurs parents», estime auprès de l’AFP Stanislas de Laboulaye, ambassadeur chargé de la coordination du volet international de la reconstruction.

La sécurisation de Notre-Dame va s’achever à l’été, condition tant attendue pour lancer sa reconstruction «à l’identique». Mais les travaux ne seront pas finis pour autant cinq ans après l’incendie, le 15 avril 2024, même si une première messe sera dite dans la nef.

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Les dernières étapes de la sécurisation sont menées tambour battant à l’intérieur et autour du trou béant qu’a laissé la flèche en s’écroulant. Les appels d’offres ont été engagés pour la restauration et les architectes multiplient les diagnostics qui permettront un calendrier précis des travaux à partir de l’hiver prochain.

Déjà mille chênes ont été coupés en France et sont actuellement en train de sécher pour reconstruire la flèche, son tablier et la croisée du transept. A l’intérieur de la cathédrale c’est une forêt d’échafaudages et ici et là des filets et des bâches, où s’activent charpentiers, cordistes, échafaudeurs, grutiers…

L’énigme de la cause de l’incendie

Depuis le démantèlement en décembre de l’immense échafaudage calciné qui entourait la flèche au jour du sinistre – 40’000 tubes sciés un à un entre juin et novembre dernier –, le danger d’un écroulement majeur est écarté.

Les intempéries, des arrêts (limités) du chantier dus à la pandémie et surtout les nombreuses mesures et aménagements liés à la lutte contre les émanations de plomb, ont aussi provoqué des retards et alourdi d’autant les factures.

Trouvera-t-on un jour la cause de l’incendie du célèbre édifice? Les recherches ont pris du temps car les enquêteurs attendaient que soit démonté l’échafaudage qui enserrait la cathédrale avant l’incendie pour des travaux de restauration et qui était resté en place après.

Très peu d’éléments filtrent sur l’avancée du dossier. Mais selon une source proche de l’enquête, les investigations sur le site sont désormais «terminées».

Une longue phase d’analyses, par des experts, de ce qui a été récupéré dans les gravats devrait encore s’étendre sur «plusieurs mois». «Dans l’état actuel des choses, il n’est pas possible d’affirmer qu’on sera en mesure de dire un jour de manière certaine ce qui a pu être à l’origine de l’incendie», vu notamment l’ampleur des dégradations causées par le feu, observe cette source.

Mégot ou court-circuit

En juin 2019, au terme de l’enquête préliminaire, le procureur de Paris avait indiqué privilégier la piste accidentelle. «Pour l’instant, on reste sur les mêmes thèses: le mégot, le court-circuit», indique la source proche de l’enquête, estimant encore qu’il est «trop tôt» pour dire qu’une de ces deux options est privilégiée.

En parallèle, plusieurs défaillances dans la sécurité de la cathédrale ont été identifiées, notamment dans le dispositif d’alarme de l’édifice, ce qui a contribué à retarder l’appel aux pompiers le jour de l’incendie, ou sur le système électrique d’un des ascenseurs.

Ces dysfonctionnements ne sont vraisemblablement pas à l’origine de l’incendie, mais ont pu permettre aux flammes de se propager dans l’édifice.

Les quelque 830 millions d’euros de la collecte nationale et internationale (350’000 donateurs) seront-ils suffisants pour la reconstruction de Notre-Dame? Beaucoup en doutent. L’élan de générosité international a été exceptionnel en deux ans, mais est aujourd’hui fortement pénalisé et compliqué par la pandémie.