«Ce que nous envisageons aujourd’hui, c’est un renouveau national complet, un exercice exhaustif de construction d’une nation sur une échelle qui n’a pas été vue depuis des générations.» Comme le résumait le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, c’est bien de la construction totale d’un pays que se préoccupait la planète mercredi à New York. Refaire Haïti «en mieux». Non seulement rebâtir ce pays dévasté par un séisme le 12 janvier dernier, mais faire aussi en sorte que tous les fléaux qui l’accablaient avant même le désastre puissent s’éloigner.

Soumis aux donateurs par le président René Préval, le plan formulé par les autorités haïtiennes est ambitieux. A l’aide d’un plan urbanistique qui concerne l’ensemble de l’île, il prévoit une importante décentralisation du pays, visant à réduire le poids de la capitale Port-au-Prince avec la construction de nouveaux ports et un important réseau routier. Des centaines de milliers de maisons à bâtir, d’immenses travaux de reforestation, des écoles et centres de santé à proximité des nouveaux centres urbains… L’objectif d’Haïti était d’obtenir hier 3,9 milliards de dollars auprès des quelque 120 pays, organisations internationales et agences spécialisées présentes à la conférence de New York.

1,6 milliard promis par l’UE

Selon le plan, le séisme a représenté 8 milliards de dollars de dégâts pour Haïti. Plus de 220 000 personnes ont été tuées, quelque 100 000 maisons ont été détruites et 1,3 million de personnes ont été déplacées et vivent maintenant dans les centaines de camps improvisés qui se sont installés un peu partout.

L’un après l’autre, les représentants de ces pays qui se sont succédé à la tribune ont insisté sur la nécessité de mettre l’Etat haïtien au centre du processus de reconstruction. «Il n’est pas question de le faire sans le gouvernement haïtien», notait par exemple le Français Bernard Kouchner. «Notre rôle est d’aider. C’est à vous (gouvernement haïtien) de prendre les commandes», enchaînait Catherine Ash­ton, la haut représentante de l’Union européenne. D’ores et déjà, l’UE s’est engagée à financer la reconstruction à hauteur de 1,6 milliard de dollars pour cette première «tranche» qui concerne les prochains dix-huit mois.

Toutefois, pour les donateurs, et principalement pour les Etats-Unis qui se sont engagés à payer près du quart de ce projet, il n’est pas question de verser ces milliards dans un trou sans fond. «Notre priorité est de bâtir le gouvernement haïtien lui-même, expliquaient des responsables du Département d’Etat à la veille de la conférence. L’histoire de ce pays, mais aussi nos expériences en Irak et en Afghanistan nous montrent que les résultats passent obligatoirement par là.» Aux yeux des Américains, cette étape comprend non seulement la construction «physique» de nouveaux ministères, mais aussi l’engagement d’experts pour établir des normes et un arsenal législatif anti-corruption.

Surtout, Washington exige que soit créée une commission de reconstruction qui aurait le droit de regard sur les dépenses et les projets gouvernementaux. «Cette idée froisse les Haïtiens, note une source diplomatique occidentale. Mais ils auront du mal à s’y opposer.» La commission serait coprésidée par le premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive et par l’ex-président Bill Clinton. Et de fait, c’est elle qui concentrerait l’essentiel du pouvoir, puisqu’elle pourrait s’opposer à toute décision émanant des autorités haïtiennes. La reconstruction du pays sera bien déterminée par «le plan d’action pour le relèvement national» élaboré par le gouvernement haïtien. Mais sa mise en pratique dépendra en bonne partie du «proconsul» américain Bill Clinton.

Un signe de cet «encadrement» américain? A la séance d’ouverture de la réunion, ce sont bien Ban Ki-moon et le président Préval qui occupaient le centre de la tribune. Mais ils étaient flanqués, à gauche, par Bill Clinton et, à droite, par sa femme, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton.