La mosquée Al-Nouri, avec son minaret penché comme la tour de Pise, était le symbole de la ville de Mossoul. En juin dernier, les derniers djihadistes l’ont dynamitée, juste avant de succomber à l’assaut des forces irakiennes et aux bombardements occidentaux. Huit mois se sont déjà écoulés mais la seconde ville d’Irak se relève à peine du règne sanglant de l’Etat islamique et de la terrible bataille qui y a mis fin.

«70% de la vieille ville, où s’était retranché l’Etat islamique, est détruite», reconnaît Zuhair Mohsin Al-A’araji, le maire de Mossoul, invité lundi à Genève pour signer une déclaration des villes s’engageant à protéger le patrimoine culturel. Un texte avec de beaux principes, rédigé en «deux jours» par des experts internationaux, a expliqué à la presse Rémy Pagani. Le maire de Genève, à l’origine de cette initiative, une de plus dans ce domaine, se défend de faire de la concurrence, notamment pour accueillir des œuvres en péril. «Il faut fédérer toutes les énergies», argumente-t-il.

Gardes du corps

Aux côtés de Mossoul et de Tombouctou, dont les mausolées avaient aussi été détruits par des djihadistes, les villes de Vienne, Strasbourg et Lund (Suède) ont signé cette déclaration, sans aucune aide à la clé pour les villes dont le patrimoine a été détruit ou se trouve menacé. Genève héberge déjà une Alliance internationale pour la protection dans les zones en conflit, une organisation très discrète depuis son lancement.
«Nous pouvons apprendre de l’expérience d’autres villes», assure le maire de Mossoul. Et de promettre, sans pouvoir dire combien de temps cela prendra: «Nous reconstruirons la mosquée Al-Nouri.» Mossoul n’est pour cela pas seule. L’Unesco s’est engagée à faire renaître «l’esprit» de la ville, où ont coexisté pendant des siècles les trois religions du Livre: musulmans, chrétiens et juifs. C’est cet héritage multiculturel que l’Etat islamique a tenté d’effacer.

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Tout en reconstruisant le patrimoine de Mossoul, l’Unesco veut aussi investir dans les écoles et les institutions culturelles de la ville. «Aux enfants qui ont appris la guerre, nous devons réapprendre la paix, par les contenus enseignés à l’école, par les monuments», avait déclaré Audrey Azoulay, la nouvelle directrice de l’Unesco, à une conférence de donateurs pour l’Irak en février dernier au Koweït. Les pays du Golfe et la Turquie ont promis des fonds pour la reconstruction de l’Irak.

Le Royaume-Uni et la France se sont aussi engagés. Au total, 30 milliards de promesses de dons ont été réunies, bien moins que ce qu’espérait Bagdad. Pour encourager les donateurs et les investisseurs, le maire de Mossoul estime que «la situation sécuritaire est bonne», tout en admettant être protégé par des gardes du corps. Sa famille est restée à Erbil, au Kurdistan irakien. Le maire, tout comme un million d’habitants, avait fui l’arrivée des djihadistes. «Tous les fonctionnaires de l’administration étaient des cibles prioritaires», explique-t-il. Il s’était réfugié dans un village aux alentours de Mossoul. C’est depuis cet exil qu’il a été reconduit en 2016 à son poste de maire, avant que l’armée irakienne parte à la reconquête de la ville.

Réinstallé par les forces irakiennes, Zuhair Mohsin Al-A’araji, qui avait également siégé au parlement à Bagdad, veut croire que Mossoul est définitivement immunisée contre un retour de l’Etat islamique. En 2014, les habitants, en majorité sunnites, avaient pourtant favorablement accueilli l’arrivée des hommes de Daech et la fuite des forces de sécurité irakiennes dominées, depuis la chute de Saddam Hussein, par les chiites. «La corruption de la police et de l’armée ainsi que les tensions politiques ont favorisé la prise de pouvoir de Daech, concède le maire. Mais, après trois ans d’occupation de l’Etat islamique, chacun craint qu’il ne revienne. Nous sommes aujourd’hui beaucoup plus unis.»