Cela n’arrive pas tous les jours d’être reçu par Gulbuddin Hekmatyar. Pénétrer dans sa forteresse de Kaboul est déjà en soi une entreprise ardue. La neige tombe à gros flocons. Les rues sont gelées. A l’entrée, les soldats emploient un ton intimidant. La voiture passe par trois portes blindées avant d’arriver au siège de son parti politique, Hezb-e-Islami, né comme une mouvance armée à la fin des années 1970. A côté se trouve une mosquée de la taille de deux villas. Derrière elle se cache une maison. Les murs sont bruts. C’est sa résidence. Son équipe ouvre la porte d’une élégante salle de réunion, en attendant l’arrivée du Masheer, le leader comme l’appellent ses collaborateurs. Il se présente enfin, vêtu d’une veste et de son turban noir. Sa barbe blanche est soignée. Elle porte la trace de ses 72 ans.

Hekmatyar est un homme parmi les plus dangereux et les plus controversés de l’Afghanistan actuel. Et pourtant, il est aussi l’un de ceux qui fascinent le plus. Lui qui, en quarante ans, s’est tour à tour battu pour la liberté, a été premier ministre puis terroriste (lire ci-dessous). Aujourd’hui, ils sont nombreux à le traiter d’assassin. Adulé. Haï. Mais quoi qu’on en dise, il est toujours à la tête de son parti. «Nous ne parlerons que de l’accord de paix entre les talibans et les Américains», prévient-il dans un anglais parfait. Habituellement, il s’en tient au pachto, sa langue maternelle. Il pèse chaque mot, et lorsque les traducteurs interviennent, il n’hésite pas à les corriger.