Record de requérants d’asile en Allemagne

Quelque 800 000 demandeurs d’asile sont attendus cette année en Allemagne. C’est 300 000 de plus que les précédentes estimations et, surtout, 600 000 de plus que l’an dernier. Le record est «absolu», comme l’a constaté mercredi le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, et il constitue un véritable «défi» pour les autorités. Toutefois, le ministre s’est voulu confiant: son pays n’est pas «débordé».

Dans les faits, cet afflux de réfugiés ne se fait pas sans mal. Moteur économique de l’Europe, l’Allemagne est depuis 2012 le second pays d’immigration, derrière les Etats-Unis. Avec le taux de natalité le plus bas du monde et une population vieillissante, elle fait face à un manque structurel de main-d’œuvre et voit dans l’arrivée de travailleurs qualifiés une nécessité pour assurer la pérennité de son économie. Si la chancelière Angela Merkel a levé un tabou en qualifiant l’Allemagne de «pays d’immigration», celui-ci peine toutefois à gérer l’arrivée de réfugiés qui ne répondent pas forcément à ses besoins.

Depuis des mois, les différentes autorités, régionales, communales et nationales, se rejettent la responsabilité de l’accueil de ces étrangers. L’Association des villes allemandes demande aux régions de créer 150 000 places d’accueil supplémentaires. Les Länder, chargés du logement des réfugiés, sont souvent dépassés et doivent parfois loger les arrivants dans des villages de containers ou de tentes. Hannelore Kraft, la très influente présidente de la région Rhénanie-du-Nord-Westphalie, implorait hier sur le site Spiegel Online un soutien «durable et structurel» de l’Etat fédéral. La chancelière Angela Merkel a promis un milliard d’euros supplémentaires pour aider les Länder.

Liste des pays «sûrs»

La classe politique s’enflamme et, dans le camp conservateur, on se déchire même. Certains élus, soutenus par les sociaux-démocrates et les Grünen, demandent une nouvelle loi sur l’immigration, rejetée par d’autres ténors chrétiens-démocrates, comme Horst Seehofer. Le leader bavarois (CSU, cousine de la CDU) a créé la polémique en annonçant vouloir séparer les ressortissants des pays des Balkans afin de traiter leurs dossiers en priorité et de les renvoyer chez eux le plus vite possible. Kosovars, Albanais et Serbes constituaient en 2014 le tiers des demandeurs d’asile. Réfugiés économiques, ils n’ont toutefois aucune chance d’obtenir gain de cause. Sans aller aussi loin que le propose le président de la Bavière, le gouvernement fédéral veut désengorger les administrations et se focaliser sur les réfugiés venus de zones de guerre, comme les Syriens. Il souhaite donc placer le Kosovo et l’Albanie sur la liste des pays d’origine dits «sûrs» et dissuader leurs ressortissants de faire le voyage.

Accusée d’être trop en retrait sur le sujet, Angela Merkel en appelle désormais à l’Union européenne et estime que le débat sur l’immigration va «occuper bien plus les Européens que la Grèce». Elle plaide pour une plus grande harmonisation des procédures d’asile entre les pays de l’UE. Le haut-commissaire pour les réfugiés, Antonio Guterres, tire lui aussi la sonnette d’alarme. «Sur le long terme, il n’est pas gérable de voir seulement deux Etats de l’Union européenne, l’Allemagne et la Suède, prendre en charge la majorité des réfugiés», estime le Portugais. En 2013, Berlin a accueilli près de 40% des demandeurs d’asile arrivés en Europe.

Cette situation a aussi des conséquences sociales, avec une montée de la xénophobie. Durant les six premiers mois de l’année, 202 attaques contre des foyers d’accueil ont été recensées par les autorités allemandes.