«Au 16 novembre, l’armée de Terre a enregistré 140 suicides de soldats d’active, ce qui équivaut au nombre total de cas en 2008 alors qu’il reste un mois et demi avant la fin de l’année», a annoncé mardi son numéro deux, le général Peter Chiarelli qui s’attend à d’autres suicides en 2009. «Nous pensons que nous faisons des progrès», a toutefois assuré le général, en indiquant que le nombre de suicides avait globalement baissé au fil des mois grâce à des efforts de prévention et de dépistage des problèmes psychologiques, comme le syndrome post-traumatique, ou des traumatismes cérébraux provoqués par les explosions ou les chocs violents.

«En janvier et février, nous avons recensé 40 suicides, soit près d’un tiers du nombre total cette année» et «depuis mars, la tendance générale est à la baisse à l’exception de deux mois», a-t-il souligné.

Le stress de la guerre?

Les déploiements à répétition des forces armées en Irak et en Afghanistan depuis des années sont généralement considérés comme l’une des causes de la forte progression du nombre de suicides chez les militaires.

Toutefois, l’armée estime que le lien n’est pas forcément clair. Elle a étudié les données recueillies sur les suicides mais n’a pas réussi à pointer de facteurs explicatifs convaincants qui seraient liés par exemple aux zones de combat fréquentées par les soldats qui se sont donné la mort ou même aux saisons de l’année les plus propices aux suicides.

«Sur les 140 cas (recensés cette année), un tiers n’avait jamais été déployé» en zone de combat, a ainsi expliqué le général. Seul lien à peu près établi, les soldats semblent plus enclins à se suicider après avoir quitté une base ou un poste même s’ils restent aux Etats-Unis.

L’armée se penche par ailleurs sur l’abus d’alcool, de drogue ou de médicaments, dont le taux est «plus élevé qu’il y a huit ans», comme l’a admis M. Chiarelli.

De son côté, le chef d’état-major interarmées, l’amiral Michael Mullen, a reconnu que les militaires américains subissaient le stress dû aux deux guerres que leur pays mène, en Irak et en Afghanistan, mais que les forces armées n’en étaient pas pour autant «au bord de l’effondrement». «Je ne pense pas que nous soyons au bord de l’effondrement mais (...) je ne veux pas sous-estimer la gravité des tensions pour les soldats et (leurs) familles», a déclaré M. Mullen lors d’une communication organisée par le Wall Street Journal.

L’annonce du triste record de suicides intervient alors que le président américain Barack Obama réfléchit à l’envoi de renforts en Afghanistan où les soldats américains ont enregistré en octobre leurs pertes les plus importantes depuis le début du conflit en 2001.

Elle se produit aussi quelques jours après la tuerie de Fort Hood au cours de laquelle un psychiatre de l’armée, Nidal Hasan, qui évaluait l’état psychologique des soldats envoyés au combat et qui devait être déployé en Afghanistan, a tué 13 personnes dans une base du Texas (sud).

Le numéro deux de l’armée a indiqué que 900 spécialistes de la santé mentale avaient été engagés pour essayer d’offrir un meilleur soutien aux soldats qui en ont besoin mais que 800 autres étaient nécessaires. Le général a aussi rappelé aux responsables de l’armée que les soldats qui feraient appel à un soutien psychologique ne devaient pas voir leur carrière en pâtir.