Quarante-huit heures après la fin de l'élection, Silvio Berlusconi n'avait toujours pas appelé mercredi Romano Prodi pour le féliciter de sa victoire. Le président américain, George Bush, grand ami du chef du gouvernement sortant, non plus. A la différence par exemple du premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, ou de Jacques Chirac qui «a exprimé ses félicitations amicales et chaleureuses» au futur président du Conseil. Le président français l'a même, d'ores et déjà, invité en visite officielle à Paris.

«J'appellerai Romano Prodi quand nous aurons une certitude concernant les résultats», a indiqué Silvio Berlusconi, mardi soir, dans une conférence de presse au cours de laquelle il a soutenu «qu'en l'état actuel des choses personne ne peut se proclamer vainqueur étant donné les chiffres, qui révèlent de très nombreux aspects troubles». Dénonçant de «très nombreuses irrégularités» dans un scrutin qui s'est joué sur le fil du rasoir, le Cavaliere continue en effet de réclamer en particulier une vérification des bulletins pour l'élection des sénateurs par les Italiens de l'étranger qui lui ont coûté la majorité à la Chambre haute.

Mercredi, l'un des parlementaires de Forza Italia, Dario Rivolta, a pris pour exemple le cas des Italiens de Suisse. Selon lui, il manquerait à l'appel 38500 bulletins. «Notre ambassade dans ce pays a déclaré qu'elle avait envoyé à Rome 188500 enveloppes avec les votes recueillis par les consulats. Or, le centre chargé du dépouillement des votes n'en a comptabilisé que 150000. Où sont passés les autres?» s'est-il exclamé. La droite exige également une vérification au niveau de la transmission des données des bureaux de vote jusqu'au Ministère de l'intérieur. «En Sicile, a affirmé par exemple Silvio Berlusconi, il apparaît que dans un bureau de vote notre coalition a obtenu 1096 voix et que seules 96 ont été au final comptabilisées.»

Alors que l'écart entre les deux coalitions se limite à 25000 voix à la Chambre des députés, la droite n'exige pas de recompter les 72 millions de bulletins exprimés. Mais d'attendre la vérification sur les 43000 bulletins contestés, durant le dépouillement, pour l'élection des députés. Il s'agit de votes où l'électeur n'a pas exprimé clairement sa volonté en traçant, comme requis, une croix bien nette sur la liste de son choix ou en ajoutant un signe pouvant invalider son bulletin. Dès hier, les juges des cours d'appel d'Italie étaient chargés de contrôler ces votes. Leurs conclusions seront ensuite transmises à la Cour de cassation qui est chargée de proclamer les élus d'ici à quelques jours.

En théorie, rien n'exclut que la coalition de Silvio Berlusconi ait, après vérification, au moins une voix de plus que celle de Romano Prodi et emporte du coup la majorité à la Chambre des députés. Mais cette hypothèse apparaît tout de même peu probable. «Il n'y a qu'un nombre très limité de bulletins contestés, beaucoup moins que lors des élections précédentes, a fait remarquer hier Romano Prodi. Ce nombre très réduit n'est pas de nature à inverser le résultat final.» Confiant, il a ajouté: «Il est curieux que Berlusconi soulève tant de doutes alors qu'il a la main sur le Ministère de l'intérieur et qu'il contrôle toutes les données.»

Le responsable des opérations de vote des Italiens de l'étranger a pour sa part souligné qu'il «n'y avait pas de différences numériques entre les enveloppes envoyées par les consulats et celles arrivées à Rome». Dès hier, l'ancien président de la République Francesco Cossiga, qui a voté pour la Casa delle Libertà, a également invité Silvio Berlusconi à «laisser tomber. La démocratie n'est pas une affaire de tribunaux». L'actuel chef de l'Etat, Carlo Azeglio Ciampi, de son côté, a fait part de sa satisfaction «pour le déroulement ordonné et régulier des opérations de vote».

La découverte, hier matin, de cinq urnes remplies de bulletins dans une rue de Rome, à côté d'un bureau de vote a toutefois relancé les spéculations. «Il faut contrôler tous les bulletins», a insisté Silvio Berlusconi au cours de la journée. Même si, «à ce stade de l'enquête il semble que les procès-verbaux concernant ces bulletins avaient déjà été envoyés et comptabilisés», a noté l'un des responsables de la mairie de Rome, «il n'y a pas lieu donc de polémiquer sur la régularité du scrutin». «C'est une victoire tout a fait tranquille», a martelé Romano Prodi qui a annoncé la formation de son gouvernement en mai: «Au début ou à la fin du mois. Cela dépendra de la possibilité d'effectuer le vote de confiance tout de suite ou après l'élection du nouveau président de la République», le mandat de Carlo Azeglio Ciampi expirant le 18 mai prochain. En attendant, le professore qui a commencé à dresser la liste de ses ministres, a réaffirmé que les lois sur l'immigration et sur le conflit d'intérêts seront modifiées et que le «retrait du contingent italien en Irak avant la fin 2006 est acquis». Il a également catégoriquement écarté l'hypothèse que Silvio Berlusconi puisse succéder à Carlo Azeglio Ciampi à la présidence de la République. «Jamais», a-t-il insisté.