C’est une victoire importante pour les Algériens qui manifestent depuis trois semaines contre le cinquième mandat «de la honte» de leur président Abdelaziz Bouteflika. Au lendemain de son retour chez lui après un séjour médical à Genève, le vieil homme politique de 82 ans, rongé par les séquelles d’un AVC subi en 2013, a annoncé lundi qu’il ne chercherait pas à être réélu, comme il en avait l’intention.

Dimanche 2 mars, malgré son absence, Abdelaziz Bouteflika avait bien déposé sa candidature pour l’élection présidentielle du 18 avril. Cette dernière est d’ailleurs repoussée à une date inconnue, a décidé le chef de l’Etat, dans une lettre publiée par l’agence de presse algérienne.

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Dans son adresse à la nation, le président dit avoir entendu la colère de la rue algérienne. «Je comprends les motivations des nombreux compatriotes qui ont choisi ce mode d’expression dont je tiens, une fois de plus, à saluer le caractère pacifique», déclare-t-il. Pourtant, le président n’entend pas dans l’immédiat céder le pouvoir. Un nouveau gouvernement sera toutefois formé.

«Refonder la république algérienne»

Comme il l’avait déjà fait depuis le début de la contestation, Abdelaziz Bouteflika réitère sa volonté de convoquer une «conférence nationale indépendante et inclusive» pour «refonder la république algérienne». Cet organe, dont on ignore par qui seront nommés les membres, devra être «représentatif» de toute la société algérienne. Il planchera sur une nouvelle constitution jusqu’à la fin 2019, qui sera ensuite soumise à référendum. Ensuite seulement, des élections présidentielles seront convoquées.

Abdelaziz Bouteflika cédera-t-il le pouvoir à la fin de son mandat prévu à la fin avril? Ou prolongera-t-il son pouvoir jusqu’en 2020, date des futures élections. Le mouvement de contestation se contentera-t-il de ce calendrier et croira-t-il les promesses présidentielles d’un processus électoral réellement indépendant? C’est toute la question de ces prochains jours.

«Le système» n’a pas dit son dernier mot

L’opaque régime algérien, dominé par les proches du président, les généraux et certains milieux d’affaires, avait été incapable de s’entendre sur un candidat alternatif pour prendre le relais du vieux président usé jusqu’à la corde. Le «système», comme disent les Algériens, dispose désormais d’un peu plus de temps pour tenter de profiler et d’imposer une autre personnalité à même de préserver ses intérêts dans un pays stratégique et riche en hydrocarbures.

Seulement, l’oligarchie au pouvoir doit maintenant compter sur un autre acteur: la rue algérienne. Et cela, personne ne l’avait vu venir, tant les Algériens paraissaient amorphes et tétanisés par les souvenirs de la guerre civile des années 1990. Ils pourraient maintenant faire leur propre printemps arabe.