Banditisme

Redoine Faïd, une vie comme dans un film noir

Le braqueur, une nouvelle fois évadé de prison, est recherché par toutes les polices de France. Retour sur l’itinéraire d’un caïd narcissique, en quête de célébrité, qui avait accordé en 2010 un entretien au «Temps»

La police lui a donné plusieurs surnoms: «le doc» pour son art dans la pratique de l’évasion, «le meilleur ouvrier de France dans le grand banditisme» pour ses braquages de fourgon et «l’écrivain» pour cet ouvrage Braqueur, des cités au grand banditisme qu’il a publié en 2010. Un quatrième nom vient de lui être attribué: «hélicopresto».

Redoine Faïd, 46 ans, s’est exfiltré en quelques minutes dimanche de la prison de Réau, au sud-est de Paris, par la voie des airs. Un hélicoptère dont le pilote avait été pris en otage s’est posé dans la cour du centre pénitentiaire alors que le détenu se trouvait au parloir avec Brahim, l’un de ses frères venu lui rendre visite. Trois individus lourdement armés ont lâché des fumigènes et ont découpé avec des disqueuses une porte menant au parloir. L’hélicoptère s’est ensuite envolé pour une zone d’entrepôts à Gonesse (Val-d’Oise), où l’attendait une Renault Mégane noire. Le véhicule a été retrouvé plus tard dans le parking d’un centre commercial d’Aulnay-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Près de 3000 policiers recherchent le fugitif sur l’ensemble du territoire et les frontières sont surveillées. La garde des Sceaux Nicole Belloubet, qui s’est rendue dès dimanche à la prison de Réau, a lancé une inspection pour savoir s’il y a eu une défaillance dans le système de sécurité. Une, voire plusieurs complicités à l’intérieur de l’établissement ne sont pas écartées.

Fausse sortie

En avril dernier, Redoine Faïd a été condamné en appel à 25 ans de réclusion pour un braquage raté dans le Val-de-Marne – une opération qui avait coûté la vie le 20 mai 2010 à la policière municipale Aurélie Fouquet, mitraillée à l’issue d’une course poursuite épique sur l’autoroute. En décembre 2010, l’homme avait accepté de répondre aux questions du Temps. A l’époque, il affirmait s’être «retiré des affaires» après avoir purgé une peine de 10 ans de prison pour un braquage suivi de trois années de cavale. Il témoignait pour dénoncer les agissements des gangs lyonnais qui écumaient la région genevoise, attaquant notamment banques et bureaux de change. «Moi, je serais monté avec un.357 Magnum, pas avec un arsenal. Maintenant les jeunes truands vont au front quand ils attaquent une banque, c’est la guerre», arguait-il.

Lire l'article de 2010: «La Suisse est la mine d’or des braqueurs»

Redoine Faïd a été longtemps un modèle pour certains jeunes des cités. D’origine algérienne, il a grandi dans la banlieue parisienne, se vante d’avoir à 6 ans volé un caddie rempli de confiseries et s’être nourri de films de gangsters. «Je comprends tous ces gamins, disait-il. Ils sont sûrs qu’ils ne deviendront jamais riches de manière légale. Ils sont témoins de l’existence exploitée de leurs pères, subissent le racisme, alors ils bossent entre eux et pour eux. Ils se sont connus au mieux dans les cours de récréation, au pire dans celles des prisons, et ils ne font pas dans le folklore. Ils sont prêts à perdre la vie ou à donner la mort. Il n’y a pas de code d’honneur, mais un mental très fort.» Redoine Faïd se vantait de posséder une éthique, de ne jamais avoir versé le sang et de faire partie de l’aristocratie des braqueurs.

Image brisée

Sa très probable implication dans l’attaque avortée du fourgon qui a entraîné la mort de la policière Aurélie Fouquet a brisé l’image qu’il se construisait, en chemise blanche et langage châtié, reçu sur les plateaux de télévision pour promouvoir son ouvrage. Il disait avoir vu une centaine de fois le film Heat de Michael Mann, «référence absolue du grand banditisme», et a même interpellé en public le réalisateur américain invité en 2009 à Paris par la Cinémathèque française (séquence visible sur Dailymotion).

Une partie de la hiérarchie policière ne supportait pas qu’il célèbre ainsi ses crimes dans un livre et dans les médias. Des recoupements ont permis aux enquêteurs de définir son rôle dans l’attaque de Villiers et même de le qualifier de «cerveau.» Son frère Faycal a été condamné en 2016 à 20 ans de réclusion criminelle par la justice algérienne pour avoir abattu Aurélie Fouquet lors de cette fusillade. Il s’était enfui en Algérie le lendemain de l’attaque et avait été interpellé en 2012. Redoine Faïd est appréhendé en juin 2011, s’évade le 13 avril 2013 au matin de la maison d’arrêt de Sequedin (Nord) à l’aide d’explosifs après avoir pris quatre gardiens en otages. Il est interpellé un mois et demi plus tard dans un hôtel de Seine-et-Marne. Le 14 avril 2018, la Cour d’assises de Paris avait porté à 25 ans la durée de sa réclusion.

La garde à vue de Brahim, le frère de Redoine, a été prolongée de vingt-quatre heures par le Parquet de Paris. La garde des Sceaux a indiqué que le commando qui l’a libéré «avait sans doute repéré les lieux par le biais de drones».

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