C'est Costas Simitis, le premier ministre grec, plus que son parti le Pasok (mouvement socialiste panhellénique), que les électeurs grecs ont reconduit au pouvoir à l'issue des élections législatives anticipées de dimanche. Et avant tout, il obtient un mandat pour poursuivre les réformes économiques en vue de l'arrimage du pays dans l'Union économique monétaire et de l'adhésion à la zone euro à partir du 1er janvier 2001. Le plus oriental des pays européens y adhérera définitivement le 20 juin au sommet des Quinze de Porto. La presse grecque attend d'ailleurs que Costas Simitis saisisse le message de l'électorat et élimine de son nouveau cabinet ministériel les dinosaures du parti devenus impopulaires. «Les responsables arrogants du Pasok doivent payer le prix de leur manque de sagesse», écrit lundi le quotidien conservateur Kathimerini.

Premier ministre depuis 1996, âgé de 64 ans, Costas Simitis est considéré comme l'antithèse de son glorieux prédécesseur Andreas Papandréou. L'homme s'appuie sur sa propre légitimité historique acquise dans le combat contre la dictature des colonels (1967-1974) mené dans la clandestinité. Il s'est présenté devant l'électorat comme un homme d'expérience et de succès. Il revendique le rapprochement inespéré de la Grèce avec la Turquie et l'amélioration des relations avec l'Europe et avec l'OTAN, et ce malgré le «soutien» grec au président Slobodan Milosevic pendant la guerre au Kosovo l'an dernier.

Mandat difficile

Pour la nouvelle législature, on attend de cet homme de gauche, qui «refuse de dépenser de l'argent qu'il n'a pas», une série de réformes importantes qui n'iront pas sans bousculer les structures économiques du pays. Et c'est précisément ce défi-là que le premier ministre entend relever pendant son nouveau mandat. Un mandat difficile, selon Costas Caramanlis, le patron de la Nouvelle démocratie (ND), la formation conservatrice qui a talonné le Pasok avec 43% des suffrages.

Le vainqueur des élections doit en effet mener en priorité un programme de privatisation ou de restructuration des entreprises publiques. La puissante Fédération des industriels grecs (SEB) demande la libéralisation de tous les marchés, notamment ceux de l'énergie (électricité, pétrole, gaz), des transports et des télécommunications, selon le programme fixé par l'Union européenne. Elle exige aussi la réforme du système des caisses d'assurance et de retraites et du système d'éducation. Bref, tous les dossiers les uns plus délicats que les autres et dont le coût social est souvent assez élevé en terme de perte d'emplois. Tout au long de la campagne électorale, les conservateurs de la ND prétendaient qu'ils étaient mieux placés que les socialistes pour mener ces réformes.

La courte victoire électorale du Pasok n'a pas empêché Costas Simitis de déclarer que son parti allait poursuivre sa politique et à «inviter tous les Grecs à lutter pour les objectifs communs d'une Grèce moderne et socialement juste». A vrai dire, le Pasok, en obtenant 43% des voix, détient tout de même la majorité absolue au parlement, le nombre d'élus passant toutefois de 161 à 158.