«Comme physicienne, je peux vous dire que les ailes donnent de l'élan. Mais comme femme politique je dois dire que cela ne marche que si elles ne s'opposent pas!» Alors que l'Union chrétienne-démocrate (CDU) est à la recherche d'un profil plus affirmé et débat de sa nouvelle orientation sociale, c'est un message d'unité et de succès que la chancelière Angela Merkel a voulu transmettre lundi, à Dresde, aux 1001 délégués du parti conservateur allemand.

Angela Merkel, qui a ménagé son aile gauche comme son aile droite, a voulu rassurer les siens sur la capacité de la CDU à retrouver une force électorale de plus de 40% des électeurs. Dès lors, celle qui a ramené la CDU au pouvoir après sept ans d'absence a été réélue confortablement à la tête du parti avec 93% des voix.

Alors que le parti doute de lui-même et a perdu plus de 12000 membres depuis la constitution de la grande coalition en novembre 2005, la chancelière a mis en avant les succès de sa politique des petits pas et replacé la CDU au centre de l'échiquier politique. Un parti fortement attaché à l'idée d'économie sociale de marché. A laquelle la chancelière souhaite que l'Allemagne contribue à donner «une dimension internationale au XXIe siècle». Exemple de cette politique du juste milieu: la chancelière a à la fois soutenu l'idée émanant du ministre-président de Hesse, Roland Koch, d'assouplir les conditions de licenciement et celle de son collègue de Rhénanie-Westphalie, Jürgen Rüttgers, d'allonger la durée des indemnités pour les chômeurs âgés.

La presse allemande rappelait lundi matin encore que, depuis des mois, les électeurs se plaignent du peu de profil de la chancelière et du manque de poids de la CDU dans la définition de la politique du gouvernement. Angela Merkel a pris d'emblée le contre-pied en mettant en avant «les deux années de succès» des conservateurs allemands. Gains électoraux et participation au pouvoir dans 14 des 16 Etats régionaux, mais surtout, en automne 2005, éviction de la coalition rouge- verte du pouvoir fédéral. «Nous avons envoyé Schröder à la retraite. Il peut bien traverser toute l'Allemagne avec ses Mémoires, bon voyage! Entre-temps, nous, nous travaillons pour ce pays. Et ce nouveau gouvernement a plus décidé et obtenu en douze mois que beaucoup d'autres en plusieurs années.»

«Nouvel ordre international»

A ceux qui se plaignent que le retour de la CDU au pouvoir ne se soit pas traduit par un «big-bang politique», la chancelière oppose le succès de sa politique «des petits pas dans la bonne direction». Or, selon elle, c'est précisément son parti qui imprime le rythme et l'orientation. Elle ne cache pas d'ailleurs que, malgré le contrat de coalition passé avec les sociaux-démocrates, elle entend bien obtenir de ses partenaires de revenir, au nom de la protection de l'environnement et de la sécurité énergétique, sur la sortie programmée de l'énergie nucléaire.

Face à la mondialisation de l'économie, qui justifie l'inquiétude de nombreux travailleurs pour leur emploi et leur retraite, la chancelière a estimé que «le monde a besoin d'un nouvel ordre international de la concurrence». Pas une réponse idéologique digne d'un Etat socialiste, a-t-elle précisé, «mais de nouveaux mécanismes dans les organisations internationales qui garantissent non seulement la liberté du commerce, mais aussi son équité, avec des standards sociaux et écologiques, plus de transparence des marchés des capitaux, le partenariat public-privé ou la protection de la propriété intellectuelle».

En clair, transposer sur le plan international le modèle d'économie sociale de marché auquel le chrétien-démocrate Ludwig Erhard (chancelier de 1963 à 1966) avait attaché son nom. Au niveau national, cela pourrait se traduire par un concept dont les Allemands parlent depuis trente ans, le «salaire-capital». Soit la participation des employés à la croissance économique par le biais de l'investissement d'une partie du salaire dans une société de participation ou auprès de leur employeur. Une idée que partage également le SPD.