Europe

Le référendum catalan secoue les velléités indépendantistes dans toute l'Europe

Le vote catalan sera scruté bien au-delà de Madrid et de l’Espagne, par des mouvements indépendantistes ailleurs en Europe sur le qui-vive, de l'Ecosse au Haut-Adige en passant par la Belgique. Petit inventaire non exclusif

■ Au pays basque espagnol : une question historique toujours en suspens

Née sous la dictature franquiste dont elle accéléré la chute, responsable de 829 morts, de centaines de blessés et d’enlèvements, au nom de l’indépendance du pays basque espagnol, l’ETA a finalement abandonné le combat armé en 2011 et remis son arsenal à la justice française en avril 2017, en un geste historique qui mettait fin à cinq décennies de violences.
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«L’État espagnol est une prison pour les peuples» a officiellement déclaré le mouvement séparatiste peu avant le référendum catalan. Le président basque lui-même, Iñigo Urkullu, issu du Parti nationaliste modéré, appelle l'Etat espagnol a reconnaître les nations catalane et basque et à leur permettre des référendums d'autodétermination suivant les modèles de l'Ecosse et du Québec, montrant que la question n'est pas réglée sur le fond.
Mais il s'agit plus d'obtenir un approfondissement du gouvernement autonome et de la reconnaissance culturelle. Le Pays basque lève lui-même l’impôt et décide de son utilisation sans en référer à Madrid, une fiscalité autonome très avantageuse, qui fait partie de ce que réclament les séparatistes catalans.

■ En Ecosse: un intérêt intéressé

L’échec du référendum de septembre 2014 sur l’indépendance (55 % de Non) n’a de loin pas sonné le glas des aspirations nationalistes. Son échec relatif aux élections de juin 2017 a poussé le Scottish national Party à mettre en veilleuse sa demande d’une nouvelle consultation, mais elle pourrait retrouver du souffle si le référendum catalan est réussi.


La répression madrilène a été fortement critiquée en Ecosse, au-delà des rangs séparatistes, le vote écossais s’étant déroulé pacifiquement. La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a appelé au respect du droit à l'autodétermination en Catalogne, tout en espérant un retour au dialogue entre Madrid et Barcelone. Pour elle, il est «préoccupant qu'un Etat, quel qu'il soit, puisse dénier le droit d'un peuple à exprimer démocratiquement sa volonté».

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■ En Italie: une répétition du 22 octobre?

Dans le nord de l'Italie, La Ligue du Nord, fondée en 1991, milite pour l'indépendance de la «Padanie» (la région autour de la plaine du Pô), un concept sans base historique, une entité de 70 000 km2 et de 16 millions d'habitants, constituée principalement de la Lombardie et de la Vénétie. Ces deux provinces prospères et industrielles ne veulent plus payer pour le Mezzogiorno, moins développé et plus pauvre.
La Ligue du Nord a déclaré en 1996 l'indépendance d'une «République fédérale de Padanie», une proclamation qui n'a jamais eu de suites. La Ligue, qui a des accointances avec l'extrême droite,  a combattu la réforme constitutionnelle proposée par Matteo Renzi qui visait à réduire l'autonomie des rgions au profit de l'Etat: le texte a échoué devant le peuple, en décembre 2016.
Le 22 octobre doit se tenir en Lombardie et en Vénétie un référendum consultatif, posant la question de plus d'autonomie par rapport au gouvernement de Rome, avec la question des transferts d'impôts en filigrane.

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Les mouvements séparatistes se sont multipliés depuis une vingtaine d'années, dans un pays qui reste peu centralisé. Ainsi le Haut-Adige est une province de l’ex Empire austro-hongrois, rattachée à l’Italie en 1919 par le Traité de Saint-Germain en Laye. Le «Tyrol du sud», comme le nomment les indépendantistes, reste tourné vers l’Autriche avec laquelle il se sent plus d’affinités – 3/4 de ses habitants parlent un dialecte proche de l'allemand, et le PIB par tête est équivalent - plus de 37 000 euros pour le Tyrol, un peu moins de 33 000 pour l'Autriche et 26 000 en Italie. Une bonne santé économique qui a profité d’un statut fiscal à part, la région conservant 90 % de ses impôts. Mais la crise italienne pousse Rome à obtenir plus de la province où le chômage est trois fois moins fort que dans le reste de la botte. Ce qui alimente le ressentiment des séparatistes. Qui observent de près l'affaire catalane.

■ En France: des Corses rêvent d'un «élan populaire » à la catalane

La Corse est la seule collectivité en France à disposer d'un statut particulier. Malgré cette autonomie, des partis nationalistes, arrivés en tête des élections régionales en décembre 2015, aspirent à l'indépendance totale. Les nationalistes forts de leurs victoires historiques aux régionales de 2015 et aux législatives de juin 2017 (trois sièges de députés sur quatre), vont présenter une liste fin décembre aux élections à la nouvelle Assemblée de Corse, qui va fusionner les institutions existantes dans l'île.
Le référendum catalan sera observé de près, et le mouvement clandestin FLNC dit du 22 octobre a menacé: «Nous attendons que l'Etat français rompe avec le passé [...] Si tel n'était pas le cas, il faudra, par un élan populaire, provoquer un élan populaire» à la catalane.  

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Dans le Pacifique sud, l'archipel de Nouvelle Calédonie doit organiser au plus tard en novembre 2018 un referendum d’autodétermination, un processus lancé par les accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998).

■ En Belgique: le chef des nationalistes flamands enthousiaste partisan du vote catalan

Les indépendantistes flamands, représentés dans plusieurs formations qui vont de la droite libérale à l'extrême-droite xénophobe, réclament depuis longtemps que leur riche Flandre cesse de payer pour la Wallonie francophone. Ils demandent le remplacement de l'État fédéral belge par une Confédération, un premier pas vers une possible indépendance. Mais la sécession de la Flandre n’est plus officiellement au programme de d’actualité de la Nouvelle alliance flamande, le NVA, qui réclame plus d'autonomie notamment fiscale, et domine le paysage politique belge où elle est devenue la première formation, et est au gouvernement fédéral. La Flandre dispose de son parlement régional et de son administration propre.
Le président du parlement flamand s'est plusieurs fois déclaré avec enthousiasme partisans du référendum catalan. Selon Jan Peumans, «lorsque les résultats du referendum seront connus, tout le monde devra s’y plier, y compris l’Union européenne».

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■ Au Danemark: en attendant le référendum d'avril 2018

La découverte de gisements de pétrole et de gaz a renforcé les aspirations indépendantistes des Îles Féroé. Ce territoire de 18 îles, regroupant 50 00 habitants, situé entre l'Islande, l'Écosse et le Danemark, a obtenu son autonomie interne en 1948, mais les affaires étrangères et la défense restent du ressort du Danemark. L’archipel doit organiser un referendum sur une nouvelle Constitution le 25 avril 2018.

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Jusqu'à maintenant, aucun territoire de l'Union européenne n’a effectivement déclaré son indépendance.


 

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