Au terme d'une longue réunion du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), le président Mahmoud Abbas a accordé un délai de trois jours supplémentaires au Hamas pour accepter le contenu d'un document prévoyant l'arrêt des attentats-suicides à l'intérieur de l'Etat hébreu ainsi que la reconnaissance implicite de son droit à l'existence dans ses frontières de 1967. «Ce délai expire jeudi et il ne sera pas prolongé, nous déclare l'ex-ministre de la Culture Yasser Abed Rabo (un proche conseiller d'Abbas). Si le Hamas ne prend pas clairement position en faveur du document d'ici là, le peuple sera consulté dans les quarante jours. C'est-à-dire dans le courant du mois de juillet.»

A Ramallah, la plupart des commentateurs de la presse palestinienne estiment que ce scrutin ne sera pas facile à organiser dans la situation actuelle. Parce que le Hamas - qui contrôle le Ministère de l'intérieur ainsi que les structures administratives de la bande de Gaza - mettra tout en œuvre pour le boycotter. Mais également parce que la tension continue de monter entre l'organisation islamiste et le Fatah (cinq blessés mardi matin dans l'attaque d'une caserne de Gaza-City). En outre, les caisses de l'Autorité palestinienne (AP) sont désespérément vides et l'armée israélienne maintient sa présence sur la plus grande partie de la Cisjordanie.

«Ce référendum ne résoudra pas tous nos problèmes, mais il permettra peut-être de débloquer la situation en obligeant le Hamas à accepter la réalité régionale, lâche le porte-parole du Fatah, Jamal Nezzal. La communauté internationale devrait songer à nous aider à l'organiser.» En le finançant? «Cette fois plus que lors des précédents scrutins, l'Union européenne devrait marquer sa présence d'une manière ou d'une autre, affirme un journaliste d'Al Hayat Al Jedida (le quotidien gouvernemental palestinien). Nous aurons sans doute besoin d'observateurs dans les bureaux de vote car le Hamas n'aime pas qu'on lui force la main. S'il ne parvient pas à un accord avec Abbas, il ne laissera pas le scrutin se dérouler librement.» Et de poursuivre: «La communauté internationale devra agir vite car si tout se passe comme prévu nous votons dans un mois et demi.»

Convoqués lundi soir par le raïs palestinien, les responsables de la commission électorale centrale auraient, dit-on, attiré l'attention de leur interlocuteur sur les nombreux obstacles qui empêcheraient, selon eux, la tenue d'un référendum au beau milieu de l'été et sans l'aide d'une partie de l'administration. Mais la presse palestinienne affirme qu'Abbas semblait cette fois «décidé à aller jusqu'au bout».

Selon le porte-parole du Fatah, le président «n'en est pas encore à envisager des élections législatives ou présidentielle anticipées. Nous ne pensons qu'à l'échéance de jeudi et à rien d'autre». Mais d'autres personnalités du Fatah sont moins catégoriques. Entre autres, le leader du parti en Cisjordanie, Azzam el-Ahmed, qui a affirmé au micro de la chaîne Al-Jazira qu'Abbas «dissoudra le parlement palestinien si le Hamas n'assouplit pas sa position».

De son côté, interviewé par les médias locaux, le ministre des Affaires étrangères, Mahmoud al-Zahar (Hamas), a affirmé que son organisation «ne se sent pas liée par les décisions de l'OLP puisqu'elle n'en fait pas partie». Quant au premier ministre Ismaïl Haniyeh (Hamas), il a estimé que «le dialogue pourra se poursuivre même si le décret présidentiel instaurant le référendum est publié jeudi».

Sur la place Al-Menara (au cœur de Ramallah), l'annonce de la tenue probable d'un référendum en juillet ne semble pas vraiment passionner le chaland. «Qu'ils soient du Hamas, du Fatah, ou d'une autre formation, les politiciens sont tous les mêmes. Ils parlent pendant qu'on souffre, assène Adnan, un vendeur de limonades bien connu de la ville. Est-ce que ce référendum va vraiment changer quelque chose? On voudrait bien retrouver un semblant de vie normale mais on a souvent été déçu par les initiatives sans suite. Il vaut mieux attendre et voir sans se faire trop d'illusions.»