«Etes-vous pour ou contre la démarche générale du président de la République visant à la réalisation de la paix et de la concorde civile?» Cette question sera posée aux 17 millions d'électeurs algériens dans le cadre d'un référendum le 16 septembre. La campagne officielle débute jeudi. Le pouvoir espère un plébiscite, qui serait surtout une légitimation du président Abdelaziz Bouteflika. Bouteflika était en effet l'unique candidat en lice pour l'élection présidentielle le 15 avril, après le retrait en bloc de ses six concurrents de la course.

Concrètement, les Algériens se prononceront sur la loi promulguée le 13 juillet, après la reddition de l'Armée islamique du salut, la branche armée du Front islamique du salut (FIS). Cette loi, dite de la «concorde civile», prévoit l'amnistie des détenus islamistes qui n'auraient pas commis de crimes de sang ou de viol, ainsi que de ceux qui se sont rendus coupables de destruction de biens publics. Elle préconise en revanche seulement une atténuation des peines pour les meurtriers et autres responsables de massacres. «Il n'est pas facile de requérir des familles des victimes la mansuétude qui est celle de l'Etat», a expliqué le président Bouteflika, qui doit affronter les familles regroupées au sein du Comité national contre l'oubli et la trahison.

«Ça suffit avec les images d'une Algérie à feu et à sang. La tempête est passée et nous sommes en train de soigner nos blessures», a déclaré le président algérien dans un entretien publié mardi dans le quotidien italien La Repubblica. Pour lui, l'Algérie fait face à un «enjeu de taille», à un «rendez-vous exceptionnel», à un «moment du destin national». Dans tous les cas, Bouteflika veut une participation massive. Le régime mobilise les 14 000 mosquées du pays afin d'amener les imams à prêcher en faveur de la concorde civile. A Alger, la capitale, des banderoles ornent les rues et appellent à voter oui. On y lit: «La concorde civile = sortie de crise» ou encore «La concorde civile = développement et prospérité.»

Dans une action préélectorale sans précédent, le président Bouteflika a limogé dimanche une vingtaine de préfets, les walis, gouverneurs des provinces. Les walis, qui jouissent de vastes pouvoirs, sont souvent accusés par les Algériens d'être les principaux responsables de la corruption et du clientélisme. Cette mesure a été fortement acclamée, notamment par la presse algérienne. Ainsi, l'influent quotidien Al-Watan écrit que «c'est incontestablement un geste fort du président vers la société, la classe politique et la communauté internationale qui, justement, attendaient des gestes concrets quatre mois après son élection». Le Quotidien d'Oran estime que «Bouteflika a frappé fort» et compare le «corps des walis» aux «écuries d'Augias». Un autre quotidien, El-Youm, constate que «la corruption s'est répandue à travers les wilayas où les walis étaient devenus des modèles de pourrissement et ont contribué à la perte de confiance en l'Etat».

Le président Bouteflika n'a cependant pas encore gagné son pari du 16 septembre. La campagne s'ouvre dans un climat marqué par un retour de la violence des groupes armés opposés à la trêve, après quelques mois de relative accalmie. Deux bandes, dont le Groupe islamique armé (GIA), poursuivent leurs actions. Depuis le début du mois, plus de 140 civils et militaires ont été tués dans des attentats attribués aux islamistes, ravivant les craintes de massacres comme le pays en connaît depuis 1992, après l'annulation de la victoire électorale du FIS au premier tour.

Par ailleurs, dans son édition de lundi, La Tribune d'Alger se demande si les électeurs se déplaceront massivement pour soutenir Bouteflika. Le quotidien rappelle que dans la ville de Constantine par exemple, le taux d'abstention s'élevait à 83% pour l'élection présidentielle. Le journal révèle aussi que certains parmi les 2300 détenus islamistes graciés en juillet ont regagné le maquis.

Enfin, et ce n'est pas rien, les partis d'opposition gardent le silence sur la consultation et n'ont donné aucune consigne de vote. Pour le Front des forces socialistes (FFS) de Hocine Aït-Ahmed, candidat en vue de la présidentielle, «le référendum servira surtout à laver l'affront du 15 avril et à combler le déficit chronique de légitimité d'Abdelaziz Bouteflika, élu dans des conditions controversées, après le retrait de ses six adversaires».