France voisine

Le référendum à la suisse, objectif des «gilets jaunes» d’Annecy

Les protestataires de Haute-Savoie ont continué de se mobiliser mardi, malgré les promesses faites par Emmanuel Macron. Les militants affirment qu'ils ne cesseront pas leur action avant d’avoir redonné la parole au peuple

Les annonces d’Emmanuel Macron, lundi soir, n’auront rien changé. «C’est vrai quand même qu’il était moins dédaigneux hier», considérait le lendemain Ophélie, une jeune femme de 33 ans en recherche d’emploi. Elle est à l’origine du rassemblement d’Annecy, en Haute-Savoie, qui regroupe les «gilets jaunes» de la «Venise des Alpes» et des communes environnantes.

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Le point de rassemblement, à la sortie de l’autoroute, était toujours en place mardi matin. «Il n’a pas été démantelé depuis le 17 novembre», indique la militante d’un ton satisfait. Les «gilets jaunes» annéciens sont en contact régulier avec «les organisateurs visibles» du mouvement. «On va dire qu’ils nous font redescendre les lignes directrices. Sans eux, on serait beaucoup moins structurés», admet Ophélie.

C’est bien la première fois qu’un mouvement séduit en dehors de la France

Une manifestante

Dans un petit abri de fortune, cinq à six personnes se relaient et récoltent les modestes dons apportés par la population (chaussettes, gâteaux…). C’est tout ce qu’il reste de la présence des «gilets jaunes», qui étaient encore une vingtaine la semaine dernière sur ce rond-point situé à la sortie d’Annecy, près de l’hôpital, à l’entrée de l’autoroute. Les militants ne bloquent pas la circulation, mais conversent avec les automobilistes qui s’arrêtent pour discuter ou klaxonnent en signe de soutien.

Pourquoi continuent-ils alors de manifester? Pour l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne. Les «gilets jaunes» affirment vouloir maintenir leur présence jusqu’à ce qu’ils aient obtenu cet outil de démocratie directe. «Nous voulons vraiment redonner la parole aux gens afin qu’ils s’expriment sur les lois importantes. Un modèle quelque peu similaire à la Suisse en somme», dit Ophélie, qui incite les voisins helvètes à rejoindre le mouvement. Sa suggestion fait suite à la naissance de groupes identiques en Allemagne et en Belgique. «C’est bien la première fois qu’un mouvement séduit en dehors de la France», s’étonne la meneuse annécienne.

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«Aller de l’avant, pas détruire»

Florian, un autoentrepreneur dans la communication, ajoute aussi que le fait d’être pacifiste donne du crédit à ces citoyens contestataires. «Notre but est de faire aller le pays de l’avant, pas de le détruire.»

Ophélie et Florian rapportent que la députée de la circonscription, Véronique Riotton (La République en marche, parti du président), était venue dialoguer avec eux lundi dernier. Un échange très peu constructif comme ils le déplorent: «Elle n’a fait que défendre la politique de Macron!» Le préfet a pris le temps d’observer les «gilets jaunes» d’Annecy… depuis un hélicoptère. Et chose plus étonnante: le député François Ruffin (La France insoumise, gauche de la gauche) est venu les rencontrer récemment, dans la plus grande discrétion.

«Nous voulons vraiment redonner la parole aux gens»

Les dernières annonces du président sont ressenties comme un coup d’épée dans l’eau. «Emmanuel Macron a annoncé des choses déjà prévues et réhabilite d’autres points qu’il avait supprimés. Par ailleurs, la grande majorité des personnes ne sont pas concernées par ses promesses pour de nombreuses raisons», déplorent Florian et Ophélie. «Il n’a rien dit sur les mesures attendues concernant le train de vie des hauts fonctionnaires et contre l’évasion fiscale. Mais il doit rendre des comptes aux lobbyistes qui l’ont fait élire, pas à son peuple.»

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