Les grands panneaux installés autour de la place Vanak, dans le nord de Téhéran, sont depuis une semaine couverts des affiches des candidats aux élections du 26 février. «Votez pour la liste de la grande coalition des réformateurs!», «Merci Rohani!», scandent trois jeunes garçons qui distribuent des tracts dans les vapeurs d’échappement, au plus fort des embouteillages du soir mercredi 24 février, quelques heures avant la fin de la campagne. Sur les tracts est écrit le nom des candidats modérés, choisis par des grands partis réformateurs soutenant le président Hassan Rohani, ses politiques économiques et son approche modérée à l’égard de l’Occident.

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«Le président Rohani a obtenu l’accord nucléaire», explique Edris, 30 ans, doctorant en ingénierie des tremblements de terre, qui essaie de convaincre une passante peu motivée par l’idée d’aller voter. «Mais qu’est-ce que Rohani a concrètement fait pour l’économie? Le dollar est-il moins cher par rapport à la période d’avant l’accord?», lui lance cette Téhéranaise de 56 ans avant de reprendre son chemin. «Rohani a acheté 150 Airbus qui nous ont coûté des milliards de dollars. A quoi ça sert, alors que nos jeunes sont sans emploi?» demande un autre passant qui a pourtant voté pour Hassan Rohani en 2013.

Classe moyenne affaiblie

Depuis le début de la campagne, Edris en a croisé des gens effarés par le taux élevé de chômage – officiellement 11,9%, en 2015, alors que, selon certains économistes, il est de l’ordre de 30% – et de la faible croissance (2% en 2015). Beaucoup d’Iraniens constatent que l’accord nucléaire entre Téhéran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne, en juillet 2015, et la levée des sanctions internationales, depuis fin janvier, n’ont pas relancé une économie moribonde. La croissance s’annonce nulle pour l’année qui finit en mars.

Les années d’embargo et les politiques économiques erronées de l’ancien président, l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), ont sensiblement affaibli la classe moyenne iranienne, dont le quartier de Vanak est un lieu emblématique. Ces électeurs éduqués, connectés au monde et en faveur de davantage de libertés individuelles votent traditionnellement pour les réformateurs. Que les législatives les inspirent si peu est un mauvais signe pour le gouvernement d’Hassan Rohani. «C’est vrai qu’il y a peu d’enthousiasme pour ces élections, se désole Edris. Les Iraniens sont déçus, car ils s’attendaient à ce que l’économie se redresse rapidement.»

Comme Edris, Leila, une femme au foyer de 33 ans, fait partie du groupe de campagne des réformateurs. «Beaucoup ne veulent même pas prendre nos tracts. Ils sont dégoûtés, surtout après l’invalidation en masse des candidats réformateurs par le Conseil des gardiens de la Constitution chargé d’étudier les candidatures», explique-t-elle. «A cause de l’éviction de ses figures clés, le camp réformateur a été obligé de mettre sur sa liste des candidats conservateurs. Les gens ne comprennent pas pourquoi il faut voter pour eux alors qu’ils ont très peu d’affinités avec les réformateurs», dit Leila.