Enfin. C'est ce qu'a dû se dire Donald Trump, après des heures de débat au Sénat et quelques psychodrames. Malgré les menaces de défection dans le camp républicain, le président des Etats-Unis peut enfin se prévaloir d'une victoire au Congrès, avec l'adoption par le Sénat d'une réforme historique sur la fiscalité et d'une gigantesque baisse d'impôts. Son agitation sur Twitter ces derniers jours était un bon baromètre de l'intensité de son stress. «Les seules personnes qui n'aiment pas le Plan fiscal sont celles qui ne le comprennent pas ou les démocrates obstructionnistes qui savent à quel point il est vraiment bon et qui ne veulent pas que le succès revienne aux Républicains!», a-t-il notamment tweeté, dans une de ces formules dont lui seul à le secret. 

De nouveaux votes avant la fin de l'année

Tout s'est joué dans la nuit de vendredi à samedi, à une voix près. Le spectre d'un remake du débat de l'Obamacare faisait craindre le pire à Donald Trump: cet été, trois sénateurs républicains, dont John McCain, avait torpillé une de ses promesses phares de campagne. Mais John McCain a cette fois fait savoir jeudi matin déjà qu'il se rangeait dans le camp du oui. C'est donc à 51 voix contre 49 (l'ensemble des démocrates + le républicain Bob Corker) que la nouvelle réforme de la fiscalité a finalement été adoptée. Il s'agit de la première refonte majeure depuis le projet de Ronald Reagan en 1986.

Mais ce n'est qu'une victoire d'étape. Le projet doit encore être harmonisé entre les deux Chambres. Lundi, la majorité républicaine convoquera une commission bicamérale chargée de forger un compromis entre le Sénat et la Chambre des représentants, qui revoteront avant la fin de l'année. 

Baisse d'impôt pour toutes les catégories de contribuables

Concrètement, tel qu'avalisé par le Sénat, le projet prévoit de faire passer l'impôt sur les sociétés de 35 à 20%. Toutes les catégories de contribuables verraient leurs impôts baisser. Une grande simplification fiscale devrait par ailleurs permettre en théorie aux contribuables de déclarer leurs revenus sur l'équivalent d'une «carte postale».

La bataille a été rude au sein du camp républicain. La majorité a passé les dernières 24 heures à revoir sa copie, dans une opacité quasi-totale, afin de satisfaire les élus qui menaçaient de faire défection. L'un d'eux a obtenu un engagement de principe de la Maison Blanche à résoudre le problème des jeunes clandestins menacés d'expulsion. Une autre a arraché des concessions pour préserver certains acquis de la loi Obamacare.

Les riches en profiteront

Tous les démocrates s'y sont opposés, avec vigueur. Pour eux, la loi creuserait excessivement les déficits publics. Les promoteurs de la réforme avaient initialement assuré que les baisses d'impôts s'autofinanceraient, grâce à un regain de croissance, mais selon les experts d'une commission non partisane, quelque 1000 milliards de dollars devraient s'ajouter à la dette publique actuelle de 20 000 milliards. Les démocrates s'érigent aussi contre le projet car ils estiment que les riches en profiteront davantage. Selon des estimations, si les particuliers verront leur pouvoir d'achat augmenter toutes classes de revenus confondues, ce sont bien les 5% de ménages les plus aisés qui en profiteront davantage. 

Le projet de loi adopté par le Sénat abroge par ailleurs l'obligation de souscrire une assurance-maladie instaurée par Obamacare, une mesure qui risque de déstabiliser le système de santé. Et elle ouvre des terres protégées de l'Alaska aux forages pétroliers.

Réécriture tardive

Sur la forme, l'opposition s'est scandalisée de la réécriture de dernière minute et du dévoilement tardif des 479 pages du texte, dont quelques pages ont même été réécrites à la main, dans les marges. «Au coeur de la nuit, les sénateurs républicains ont trahi la classe moyenne américaine», a dénoncé Nancy Pelosi, chef des démocrates de la Chambre.

Donald Trump n'a pu qu'à moitié savourer cette première victoire au Congrès. Vendredi, l'inculpation de son ex conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, dans le cadre de la très sensible «affaire russe», a fait l'effet d'une bombe et gâché la fête. Michael Flynn collabore désormais avec le procureur spécial Robert Mueller, qui cherche à établir les liens entre Moscou et l'entourage de Trump dans le cadre de l'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine.

Selon les documents d'accusation, Michael Flynn a ponctuellement agi sur les instructions d'un «très haut responsable» de l'équipe de transition présidentielle. Tout porte à croire qu'il s'agit de Jared Kushner, l'influent gendre de Donald Trump. 

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