Pas de trêve estivale pour les troupes parlementaires de Silvio Berlusconi. Alors que la Chambre des députés approuvait – provisoirement – mardi un projet de loi sur le conflit d'intérêts qui ne prévoit pas de contraindre le président du Conseil à vendre la moindre de ses entreprises, la droite italienne a fait passer dans le même temps au Sénat une réforme très controversée du système audiovisuel transalpin. Unanime, l'opposition dénonce une attaque contre le pluralisme de l'information et la volonté de renforcer la position économique et médiatique du chef du gouvernement. Selon le ministre de la Communication, Maurizio Gasparri, la réforme permettra de prendre en compte le développement des nouvelles technologies, la diffusion des chaînes numériques ou encore la nécessité d'ouvrir le marché de la télévision aux géants des télécommunications. A l'inverse, l'opposition stigmatise «la loi sur mesure la plus honteuse et la plus dangereuse car elle frappe la liberté d'information».

En substance, le texte prévoit de révolutionner l'actuel système antitrust en introduisant notamment pour tous les acteurs du secteur un seuil de 20% des ressources. Mais cela pour l'ensemble des entreprises opérant dans le cadre du «système intégré des télécommunications» et non plus en interdisant par exemple à un groupe télévisé de posséder un journal. En clair, en cas d'adoption du texte, les participations multiples dans différents secteurs seront tolérées avec comme limite principale, l'interdiction pour tout groupe de communication de détenir plus d'un cinquième du financement de l'ensemble des recettes que ce soit à travers la publicité, la redevance télé, les promotions ou les opérations de sponsoring. «Sur la base des données actuelles, ce nouveau système permettra à Mediaset, le groupe de communication de Silvio Berlusconi, d'accroître potentiellement ses revenus de près de 750 millions d'euros par an», dénonce le parlementaire démocrate de gauche, Antonello Falomi.

Davantage de concurrence demandée

Au-delà, le texte Gasparri constitue une bouée de sauvetage pour Rete 4, la troisième chaîne de télévision de Mediaset. En vertu d'une sentence de la Cour constitutionnelle celle-ci devait, au nom du respect de la concurrence, être transférée sur satellite. Grâce au texte adopté mardi par le Sénat, Rete 4 pourra demeurer pour plusieurs années encore sur réseau hertzien.

Quant au projet de privatisation de la Rai (l'audiovisuel public), il ne devrait pas constituer à court terme une véritable menace pour Mediaset. Alors que nombre de responsables de la gauche prônent la vente d'une des trois chaînes du service public de manière à introduire davantage de concurrence, le projet ne prévoit qu'une cession partielle, à partir du 31 janvier 2005, du capital de l'ensemble de la Rai. Qui plus est, la réforme prévoit d'interdire à tout nouvel actionnaire de disposer de plus de 1% des parts de la Rai. Alors que la composition du conseil d'administration devrait également être modifiée, l'actuelle présidente, Lucia Annunziata, a annoncé son intention de démissionner à peine la loi définitivement approuvée.

«Au total, la concentration sera renforcée et les journaux seront soumis à un système de contrôle des ressources qui réduira leur possibilité de développement» s'est insurgée la Fédération nationale de la presse italienne. «Nous sommes face à une loi qui concentre encore davantage le contrôle du système télévisé et la publicité dans les mains de quelques-uns et en particulier dans celles du chef du gouvernement» tonne la gauche qui promet de mener bataille jusqu'au bout. «Disposant d'une large majorité, la droite n'aura pas de mal à faire approuver ce texte» reconnaît le chef du groupe démocrate de gauche au parlement, Gavino Angius, «mais notre mission c'est d'en faire payer le prix politique à la droite et au président du Conseil en montrant à l'opinion publique que la majorité est divisée sur tous les problèmes qui intéressent le pays mais qu'elle se recompose lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts personnels de Silvio Berlusconi». L'opposition espère notamment que la loi sera déclarée anticonstitutionnelle et que le chef de l'Etat, Carlo Azeglio Ciampi, refusera d'entériner la réforme.