L’auteur présumé de l’attentat de Berlin, Anis Amri, n’aurait pas dû être admis comme réfugié en Allemagne, mais voilà: le Tunisien a réussi à se faire passer pour Egyptien. Il aurait aussi dû être reconduit à la frontière après le rejet de sa demande. Oui mais voilà: la Tunisie a refusé son extradition parce qu’il n’avait pas de papiers… Ce «cas Amri» relance sans surprise le débat en Allemagne sur la politique d’asile et d’immigration, mais aussi sur les failles d’un système de renvoi des déboutés du droit d’asile vers leur pays d’origine.

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Chaque aspect de cette affaire devra être analysé «dans les plus brefs délais», a réagi la chancelière Angela Merkel après l’identification du suspect. En attendant d’éventuels changements législatifs, «nous devons encore accélérer nettement les procédures d’éloignement et continuer d’augmenter le nombre de personnes reconduites dans leur pays», a-t-elle précisé.

La ligne du gouvernement se confirme donc après l’attentat de Berlin: la priorité n’est pas d’intégrer les demandeurs d’asile mais de réduire le plus rapidement possible leur nombre, coûte que coûte. Plus de 50 759 personnes ont obtenu un permis pour une aide au retour volontaire entre janvier et décembre 2016, nous confirme l’Office allemand des migrations, le BAMF. C’est deux fois plus que le nombre des personnes dont les demandes d’asile ont été rejetées et quatre fois plus que le nombre des personnes repoussées à la frontière.

Un quart de ces volontaires étaient des Albanais, qui n’avaient aucune chance d’être reconnus comme réfugiés, indiquent des informations internes du BAMF publiées mercredi par le quotidien «Süddeutsche Zeitung». Les autres étaient surtout des Serbes, des Irakiens et des Kosovars.

Jusqu’à 1200 euros d’aide au retour

Dans le cadre de ce programme de retour subventionné en partie par l’Union européenne, les «volontaires» bénéficient d’une aide au voyage de 200 euros par adulte et 100 euros par enfant. Une aide à la réintégration est également versée selon un montant qui varie en fonction du pays de retour et de la date d’entrée sur le territoire allemand. Elle est plafonnée par exemple à 900 euros par famille pour un Egyptien ou un Ivoirien et 1200 euros pour un Serbe ou un Iranien.

Le gouvernement veut aller plus vite et plus loin. Avec le programme «Starthilfe», qui commencera en février, plus vite les migrants se décideront à revenir sur leurs pas, plus l’aide obtenue sera importante.

L’Etat fédéral compte consacrer près de 150 millions d’euros sur trois ans à ce programme, a indiqué Gerd Müller, le ministre allemand du Développement, début décembre. Cette aide concernera en priorité les personnes venant d’Irak, d’Afghanistan et des Balkans. L’Etat compte se concentrer ensuite sur les ressortissants tunisiens justement, mais aussi marocains, nigérians, kosovars, serbes et albanais.

L’infanterie est priée de suivre la manœuvre. L’administration fédérale et des Länder ont déjà recruté à tour de bras depuis le début de la «crise des réfugiés». Depuis janvier 2016, les effectifs de l’Office des migrations et des réfugiés ont plus que doublé, atteignant aujourd’hui 9800 personnes, nous indique le BAMF.

Les offices régionaux ont également dû former rapidement des milliers de nouvelles recrues pour traiter les demandes d’asile. La frustration et l’inquiétude se ressentent dans les rangs de ces fonctionnaires pressés de «faire du chiffre» plutôt que d’approfondir les situations individuelles, indique une source interne.

A un an des élections législatives, le gouvernement allemand est lui aussi sous pression. Son aile droite a déjà relancé le débat sur la politique allemande d’asile après l’attentat de Berlin, tant au sein même de la CDU d’Angela Merkel que parmi ses alliés conservateurs bavarois de la CSU.

Quoi que fasse le gouvernement, la droite populiste du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) l’attend en tout cas en embuscade. Dès la publication de l’article de la «Süddeutsche Zeitung» mercredi, l’un de ses représentants, Georg Pazderski, a d’ailleurs fustigé ces réfugiés qui «font des allers-retours» pour encaisser les primes de retour.