Vitit Muntarbhorn est un homme qui, dans le langage tout onusien qui est le sien, sait faire passer le message. Dans son rapport présenté mardi à Genève, le rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme dans la République populaire et démocratique de Corée a clairement mis en cause la Chine, quoique indirectement, pour sa manière de traiter les Nord-Coréens qui cherchent à trouver refuge sur son sol.

Vitit Muntarbhorn s'est rendu début mars en Mongolie, où des milliers de Nord-Coréens fuyant la famine dans leur pays ont trouvé refuge… après avoir traversé la Chine. Le Thaïlandais brosse un tableau particulièrement sombre. Quelque 300 Nord-Coréens cherchent à passer en Mongolie chaque année et un nombre indéterminé en Chine. Dans son rapport, présenté devant la 61e session de la Commission des droits de l'homme, le rapporteur spécial recommande que ces personnes soient considérées comme des «réfugiés» par les pays dans lesquels ils se trouvent, et non comme des «migrants illégaux» dans la mesure où ce dernier statut les condamne au refoulement vers la Corée du Nord, synonyme de poursuites et des persécutions.

Proie des trafiquants

A ce titre, «il est nécessaire que ceux qui cherchent asile aient accès au Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés pour déterminer leur statut», poursuit le rapport, qui recommande que soit mis un terme aux «arrangements bilatéraux qui mettent en danger la vie» de ces personnes. Allusion claire à la Chine, peu encline du fait de ses relations privilégiées avec Pyongyang à voir le HCR accéder à ces personnes, et qui met des entraves aux activités de l'agence onusienne sur son sol. L'octroi d'un statut de réfugié est d'autant urgent que les femmes sont de plus en plus nombreuses parmi ces personnes quittant la Corée du Nord et qu'elles sont facilement la proie des trafiquants, explique-t-il.

Vitit Muntarbhorn fait partie de cette catégorie de rapporteurs qui n'ont jamais été autorisés à se rendre dans leur pays d'attribution. Dans son cas, il a eu des contacts plus que limités avec les autorités de Pyongyang depuis son entrée en fonctions en juillet dernier. Tout juste a-t-il été reçu par la Mission nord-coréenne auprès de l'ONU, mais en tant qu'«universitaire» – il est professeur de droit international à l'Université de Bangkok.

Dans les couloirs de la Commission des droits de l'homme, il a réussi à «serrer la main à deux des trois représentants de Pyongyang», raconte-t-il non sans humour, et il espère bien ne pas en rester là. Le Japon est en faveur du renouvellement de son mandat d'une année, ce qui devrait être acquis. Il entend en profiter pour pouvoir se rendre enfin en Corée du Nord et faire passer de vive voix le message qu'il a délivré mardi: «Considérez mon mandat comme une opportunité pour vous engager avec le monde, et l'ONU en particulier, à améliorer la situation des droits de l'homme.» Un message qu'il ne manque pas d'adresser aussi aux pays limitrophes.