Depuis le 11 septembre, la politique d'asile a connu un durcissement supplémentaire dans les pays occidentaux, effet d'un réflexe de peur et de méfiance. C'est dans ce climat tendu, que s'est tenue mercredi et jeudi à Genève, une réunion pour marquer les cinquante ans de la Convention internationale pour les réfugiés. Aucun des 80 ministres présents à Genève, ni le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) à l'origine de cette manifestation, n'était d'humeur à célébrer cet anniversaire. Officiellement, cependant, la conférence a été «un succès», a déclaré Ruud Lubbers, le patron du HCR, se félicitant de la déclaration clôturant les travaux. En réalité, les problèmes subsistent, entiers.

Rien ne va plus. Les pays riches trouvent que la politique d'asile leur coûte trop chère et que les obligations liées à la Convention de 1951 envers les réfugiés sont trop lourdes. Preuve de leur insatisfaction, le HCR a été mis au régime sec: faute de contribution, il a réduit son budget de 13% et supprimé 700 postes sur 5000. Les pays pauvres dénoncent le fait que ce sont eux et non les pays industrialisés qui supportent le poids des réfugiés. Il est vrai que le Pakistan et l'Iran, à eux deux, ont accepté davantage de réfugiés que l'ensemble des pays européens.

Tiraillé entre son mandat de protection des quelque 22 millions de réfugiés et les pays donateurs, Ruud Lubbers a tenté de rappeler aux Etats leur responsabilité: «Ce n'est pas les Etats qui ont besoin de protection contre les réfugiés, ce sont les réfugiés qui ont besoin de protection des Etats», a-t-il affirmé. «Nous voyons des gouvernements refuser d'accueillir des réfugiés parce qu'ils sont trop nombreux, parce qu'ils se confondent avec les migrants économiques, parce qu'il y a un manque de partage du fardeau entre les Etats.» Ruud Lubbers a aussi insisté sur le fait que les pays riches pourraient se montrer plus généreux envers les demandeurs d'asile, d'autant que toutes les courbes démographiques montrent le rapide vieillissement à l'œuvre dans ces Etats.

Sera-t-il entendu? Ruud Lubbers a eu le courage de rappeler l'importance de la Convention de 1951, mais de facto, celle-ci est court-circuitée par des systèmes d'accueil précaires qui ont la faveur des pays occidentaux. Le cas de la Suisse est révélateur: selon les chiffres gouvernementaux, ils ne sont que 10% des demandeurs d'asile à obtenir le statut de réfugiés, alors qu'ils sont plus de la moitié à rester en Suisse au bénéfice de statuts plus incertains.