Les réfugiés prennent toujours plus la mer, prévient le HCR

Méditerranée Les traversées ont augmenté de façon spectaculaire depuis janvier. Les naufrages sont en baisse

Et si on cessait de désigner les dizaines de milliers de personnes qui s’embarquent sur des rafiots pour traverser la Méditerranée comme des migrants? C’est l’avis du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) qui publiait mercredi un rapport sur la «crise méditerranéenne». Un tiers des hommes, des femmes et des enfants arrivés en Europe depuis le début de l’année viennent de Syrie, ravagée par la guerre, ce qui devrait leur permettre d’obtenir l’asile, estime le HCR. Les Erythréens et les Afghans constituent le second et le troisième plus important contingent.

«Alors que l’Europe débat de la meilleure manière de faire face à cette crise, nous devons être clairs: la plupart des personnes arrivant par la mer sont des réfugiés, qui ont besoin d’une protection contre la guerre et les persécutions», a martelé Antonio Guterres, le directeur du HCR. La distinction entre migrants, sous-entendu fuyant pour des raisons économiques, et réfugiés n’est pas que sémantique. Puisque les Etats n’ont aucune obligation d’accepter les premiers mais ont le devoir d’accorder une protection aux seconds.

Vers une année record

Mais ce message risque d’être difficilement audible. Les gouvernements européens vont surtout retenir l’augmentation spectaculaire des traversées depuis le début de l’année: 137 000 personnes sont déjà arrivées depuis le début de l’année en Italie et en Grèce mais aussi sur l’île de Malte et en Espagne. L’an dernier à pareille époque, 75 000 migrants et réfugiés avaient atteint les rives européennes. Le flux ne devrait pas se tarir. Bien au contraire: les passeurs profitent de l’été, quand la mer est la plus calme, pour remplir leurs embarcations.

Les naufrages, en revanche, sont en nette baisse après le pic meurtrier du mois d’avril, durant lequel plus de 1300 personnes s’étaient noyées. En mai, elles n’étaient plus que 68, puis 12 en juin à avoir perdu la vie. Cela est dû à l’augmentation des moyens de sauvetage. Plusieurs pays européens ont en effet envoyé des navires en Méditerranée, alors que les opérations dépendaient auparavant de la marine italienne.

Pas un modèle durable

«Avec une bonne politique, soutenue par une réponse opérationnelle adéquate, on peut sauver des vies», se félicite Antonio Guterres. Le HCR est plus critique envers le manque de solidarité européenne une fois que les réfugiés ont mis le pied sur le sol européen. «En 2014, l’Allemagne et la Suède ont reçu 43% des demandes d’asile. Ce n’est pas un modèle durable», note le rapport.

Enfin, le HCR pointe un changement des routes maritimes. Depuis le début de l’année, davantage de personnes sont arrivées en Grèce qu’en Italie, 68 000 contre 67 500. Athènes paie sa proximité avec la Turquie, le pays qui accueille le plus de réfugiés au monde. A titre de comparaison, l’Espagne a enregistré sur ses côtes seulement 1230 arrivées depuis le début de l’année. Par ailleurs, un passeur tunisien qui a survécu au naufrage d’octobre 2013 au large de l’île de Lampedusa a été condamné à 18 ans de prison pour homicides involontaires par un tribunal italien. L’homme a reconnu avoir allumé un feu pour signaler la présence du bateau sur lequel 500 migrants avaient embarqué. 366 avaient péri dans l’incendie. (AFP)