Amériques

Les réfugiés, un défi d’image pour le «nouveau» Canada de Justin Trudeau

Après une décennie d’un pouvoir conservateur peu enclin à accueillir des réfugiés, le nouveau gouvernement libéral veut changer l’image du Canada. Non sans difficulté

C’est peut-être la photo qui a perdu Stephen Harper lors des élections du 19 octobre dernier. Aylan Kurdi, le petit Syrien de 3 ans mort sur une plage turque et dont la photo a fait le tour du monde. Les Canadiens ont été émus. Ils ont surtout eu honte de leur pays, de plus en plus fermé aux réfugiés. «Il est temps que cela cesse», a alors titré le très influent The Toronto Star.

La crise des migrants en Europe a beaucoup pesé sur la campagne électorale canadienne. D’autant que les médias ont rapporté à tort que le père d’Aylan avait déposé une demande d’asile à Vancouver, où vit une partie de la famille Kurdi. Les réfugiés ont envahi les cœurs et les esprits. Alors que les conservateurs avaient promis d’accueillir 10 000 réfugiés syriens sur trois ans s’ils étaient réélus, les néo-démocrates ont proposé de recevoir 46 000 Syriens sur cinq ans. Le nouveau premier ministre Justin Trudeau a fait monter les enchères, promettant l’asile à 25 000 migrants d’ici à la fin de décembre! Des chiffres qu’il a confirmés au sommet du G20 à Antalya. «Un engagement significatif qui fera une très grosse différence, non seulement pour les 25 000 réfugiés, mais aussi à titre d’exemple pour d’autres pays», a confié Justin Trudeau à Radio-Canada.

Le Canada accueille 250 000 immigrants en vertu d’un plan d’action composé d’objectifs économiques, natalistes et humanitaires. Après une décennie de règne des conservateurs, le nombre de réfugiés acceptés par Ottawa s’est effondré: de 35 000 en 2005 à 24 000 en 2013. Le Canada a pourtant accueilli plus d’un million de réfugiés depuis 1945, dont 70 000 Boat People vietnamiens dans les années 1970, alors que Pierre Elliott Trudeau, le père de Justin, était premier ministre. Si son fils veut changer l’image d’Ottawa, les obstacles sont nombreux. Les services de l’immigration assurent ne pas avoir les moyens de vérifier l’identité de 25 000 candidats en moins de deux mois.

Menace des républicains américains

Dans un récent entretien accordé au quotidien montréalais Le Devoir, une historienne de l’Université McGill, Laura Madokoro, doutait des ressources et des capacités d’accueil du gouvernement. «Est-ce vraiment nécessaire que les 25 000 arrivent dans les deux prochains mois? Est-ce si urgent?» demandait cette spécialiste des questions migratoires. Le premier ministre devra aussi compter avec l’opposition de ses compatriotes. Si 43 000 Canadiens ont signé une pétition favorable aux réfugiés, 69 000 en ont signé une autre contre. Aux Etats-Unis, les républicains du Congrès ont appelé mardi Barack Obama à fermer la porte aux réfugiés de Syrie, en menaçant d’agir par la loi.

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