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Vladimir Poutine a estimé que l’Ukraine s’engageait sur la «voie de la terreur» et cherchait à provoquer un conflit pour «détourner l’attention du vol de ses propres citoyens» auquel se livreraient ses dirigeants. (Reuters)
© Pool

Russie-Ukraine

Regain de tension entre Moscou et Kiev sur la Crimée

Accusant l’Ukraine de projets d’attentat, le président russe menace de suspendre les négociations de paix menées en concertation avec Paris et Berlin

Même dans le contexte de tensions incessantes entre l’Ukraine et la Russie, les accusations formulées par Moscou à l’encontre de Kiev, mercredi, apparaissent particulièrement graves et inédites. Les services de renseignement russes (FSB) assurent avoir arrêté un officier des services ukrainiens préparant des attentats terroristes en Crimée, et perdu deux hommes dans les opérations ayant conduit à cette arrestation.

Selon son communiqué, le FSB aurait déjoué durant le week-end plusieurs attaques visant des «infrastructures vitales» de la péninsule annexée par la Russie au printemps 2014. Objectif: «Y déstabiliser le climat sociopolitique».

Changement de ton au Kremlin

Ces accusations ont été appuyées par le président russe, Vladimir Poutine, qui a estimé que l’Ukraine s’engageait sur la «voie de la terreur» et cherchait à provoquer un conflit pour «détourner l’attention du vol de ses propres citoyens» auquel se livreraient ses dirigeants, désignés comme «les gens qui se sont emparés du pouvoir à Kiev».

L’expression, qui rappelle le temps où Moscou qualifiait de «junte» les autorités de Kiev, témoigne d’un sérieux changement de ton du Kremlin. Vladimir Poutine a assuré que la Russie ne laissera pas ces actions sans réponse et a jugé que la prochaine rencontre, prévue début septembre, du «format Normandie» (Russie, Ukraine, Allemagne, France), qui assure le suivi des accords de paix de Minsk, n’avait «aucun sens» dans ces conditions.

Selon la version présentée par les services russes trois jours après les faits, un agent du FSB et un soldat ont été tués lors d’incursions d’hommes armés venus d’Ukraine et qui seraient liés à ces projets d’attentat. Vingt bombes artisanales et des munitions auraient été retrouvées sur les lieux de l’un des affrontements, samedi, près de la ville frontalière d’Armiansk, côté russe. Le lendemain, une autre incursion aurait été tentée du côté ukrainien de la frontière, avec l’aide de transports de troupe blindés et le soutien de pièces d’artillerie.

Mouvements de troupes

Selon Moscou, ces incursions et ces projets d’attentat auraient été planifiés par le renseignement militaire ukrainien, un organe dépendant du Ministère de la défense. Plusieurs citoyens russes et ukrainiens auraient été arrêtés. Des images d’un seul d’entre eux ont été diffusées – un dénommé Evgueni Panov, dont la famille assure qu’il a été enlevé dans sa région natale de Zaporijia, en Ukraine. Seule certitude sur cet homme: chauffeur routier de profession, il fut un temps engagé volontaire au sein de l’armée ukrainienne.

Aucun témoignage n’a fait état d’affrontements aussi sérieux que ceux décrits par Moscou sur la mince bande de terre séparant la Crimée du reste de l’Ukraine, et encore moins d’un usage d’artillerie. Mais nombre de messages et de vidéos mis en ligne sur les réseaux sociaux dès avant le week-end ont évoqué des mouvements de troupes du côté russe, avec notamment plusieurs unités blindées faisant route en direction du nord.

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont démenti les accusations russes, expliquant: «L’Ukraine n’a aucunement l’ambition de récupérer par la force les territoires qui lui ont été pris.» De son côté, le président Petro Porochenko les a qualifiées d'«aussi cyniques et démentes que les allégations affirmant qu’il n’y a pas de soldats russes dans l’est de l’Ukraine».

L’hypothèse des déserteurs

Le député Anton Guerachtchenko, par ailleurs responsable au Ministère de l’intérieur, a donné sa propre explication de la fermeture des accès à la péninsule. Selon lui, les forces russes chercheraient à empêcher la fuite de déserteurs désireux de rejoindre l’Ukraine. Ce sont ces déserteurs qui auraient provoqué des échanges de tirs avec des soldats russes.

Si Kiev reproche régulièrement à la Russie de mener des actions «terroristes» sur son sol, ces accusations sont inédites venant de Moscou, et inhabituelle la promptitude avec laquelle Vladimir Poutine s’est exprimé sur la question.

De même, la tension sur la Crimée est une donnée nouvelle. La répression par les autorités russes des voix discordantes, notamment celles des Tatars, y est une réalité. Mais l’activité militaire de ces derniers jours suscite l’inquiétude, alors que l’invasion et l’annexion de la péninsule, en mars 2014, s’étaient faites presque sans violence.

Des combats quotidiens

Résumant le sentiment régnant en Ukraine, Petro Porochenko a estimé que ces incidents sont destinés à fournir un «prétexte pour accentuer la pression militaire sur l’Ukraine». Cette crainte d’un embrasement sur le front sud est d’autant plus vive que la situation dans les régions orientales du Donbass reste tendue. Des combats continuent de s’y dérouler quotidiennement, y compris à l’arme lourde, en dépit des accords de paix de Minsk. La région de Marioupol, à environ 300 kilomètres à l’est de la Crimée, sur la côte de la mer d'Azov, fait partie des zones les plus touchées.


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