«Dans la région d’Och, le nombre de morts dans les violences s’élève désormais à 14 personnes», a indiqué un porte-parole du ministère de la Santé de ce pays pauvre d’Asie centrale, selon un nouveau bilan qui pourrait s’alourdir. Un précédent bilan faisait état de sept morts. Au moins 148 personnes étaient soignées à l’hôpital pour des blessures consécutives aux affrontements qui ont éclaté jeudi soir à Och, a ajouté le porte-parole.

Six semaines après le soulèvement populaire qui a fait 87 morts à Bichkek, la capitale, et renversé le régime de M. Bakiev, ces tensions mettent en exergue les difficultés des autorités provisoires à rétablir l’ordre.

La stabilité du Kirghizistan est cruciale pour les Etats-Unis et la Russie qui y disposent de bases militaires.

Des affrontements et des échanges de tirs entre des groupes de jeunes se sont produits dans la nuit de jeudi à vendredi à Och et dans les districts voisins de Karassou, d’Aravan et d’Ouzgen. Selon des témoins, ces violences ont pour origine une bagarre opposant des Kirghiz et des Ouzbeks. Près d’un millier de jeunes, armés de bâtons et de pierres, se sont rassemblés jeudi soir dans le centre d’Och, brisant des vitrines de magasins et des fenêtres d’immeubles résidentiels, et brûlant des voitures.

La situation a dégénéré dans le Sud il y a près de deux mois lorsque le chef d’un parti ouzbek du Kirghizistan, Kadyrjan Batyrov, a été accusé par les partisans du président déchu d’avoir fait incendier la maison de la famille de M. Bakiev à Teiït, suscitant la colère des Kirghiz dans ce fief de l’ex-chef de l’Etat.

Depuis l’indépendance du Kirghizistan en 1991, après le démembrement de l’URSS, les tensions entre minorités ethniques ont émaillé la vie de ce pays voisin de l’Ouzbékistan et se sont ajoutées à des difficultés économiques persistantes.

La fin de la période soviétique avait déjà été marquée par des tensions ethniques dans le Sud entre les Kirghiz et la minorité ouzbek du Kirghizistan.

L’état d’urgence décrété vendredi à Och et dans les districts concernés sera en vigueur jusqu’au 20 juin, ont indiqué les autorités. «En dépit de l’instauration d’un couvre-feu, les échanges de tirs se poursuivent, les policiers découvrent toujours de nouveaux corps», a déclaré à la radio nationale un responsable du gouvernement provisoire, Azimbek Beknazarov, qui s’est rendu sur les lieux des affrontements.

Selon les pompiers locaux, plusieurs incendies se sont déclarés à Och, deuxième ville du pays. Un théâtre, une pharmacie, deux cafés et un hôtel dans le centre-ville étaient en flammes. Selon le ministère de l’Intérieur, cinq personnes soupçonnées d’avoir organisé ces violences ont été arrêtées.

Ces événements interviennent environ deux semaines avant le référendum sur la Constitution kirghize prévu le 27 juin. Le même jour, les Kirghiz doivent se prononcer sur la nomination à la tête du pays de Rosa Otounbaïeva, qui dirige actuellement le gouvernement intérimaire mis en place par l’opposition après la fuite de M. Bakiev.

Le 19 mai, le gouvernement provisoire a annulé l’élection présidentielle prévue à l’automne et confié la fonction de président à Mme Otounbaïeva jusqu’à fin 2011.